Quelques notes sur la seconde licence publique Mozilla (MPL 2.0)

Cette année, une petite nouvelle est arrivée dans le monde des licences de logiciel libre : la seconde version de la licence publique Mozilla (MPL 2.0). Elle n’est pas totalement nouvelle, car elle garde l’esprit général de la première version puisqu’il s’agit d’une licence de faible copyleft. C’est-à-dire que cette licence permet dans une certaine mesure — assez large — de combiner du code régi par la MPL avec du code sous une autre licence (y compris propriétaire). Pour autant, des modifications apportées aux fichiers du code MPL doivent être régies par les mêmes obligations : mise à disposition du code source, notifications des droits des utilisateurs (droits d’utiliser, de partager, d’étudier le fonctionnement et de publier des modifications — la définition d’un logiciel libre).

Ainsi, la MPL est un bon compromis, entre d’un côté les licences « académiques » (BSD, MIT) et de l’autre, les licences copyleft¹ fortes comme la licence publique générale GNU. Mais comme tout compromis, la MPL souffre des inconvénients incombant à chacun des deux modèles de licence.

Il y a cependant des qualités indéniables à la MPL 2.0, que j’ai voulues résumer ici :

La certitude d’une approche technique du copyleft plutôt que juridique

C’est la principale qualité du copyleft à la sauce Mozilla : la portée de celui-ci se limite aux « Modifications » telles que définies par la MPL 2.0, c’est-à-dire tout fichier originellement sous MPL qui a été modifié, et tout nouveau fichier qui contient du code originellement sous MPL. Pour faire simple : tant qu’on ne touche pas à un fichier du code sous MPL, on est en dehors du cadre d’application de son copyleft.

Cette façon de procéder contraste largement avec le fonctionnement des licences GNU dont la portée du copyleft s’apprécie juridiquement, car celui-ci s’applique aux œuvres dérivées (derivative works en copyright). Or pour déterminer s’il s’agit d’une œuvre dérivée ou non, il faut à la fois solliciter des approches juridiques et techniques. Ça ne veut pas dire pour autant que cette solution est plus compliquée, ni moins sûre (il y a consensus) mais il reste des zones à clarifier (on peut voir un essai de catégorisation de plusieurs cas de figure où le copyleft s’applique ou ne s’appliquerait pas).

Compatibilité avec les autres licences libres importantes.

  • Licence Apache 2.0 : les conditions de respect des obligations de la MPL 2.0 relatives aux brevets ont été calquées sur celles de la licence Apache, de telle façon que la satisfaction des conditions de la MPL 2.0 satisfait celles de la licence Apache 2.0. En d’autres termes : incorporez du code Apache 2.0 dans du code MPL 2.0, tenez-vous aux obligations de la MPL 2.0 et vous aurez de facto respecté celles de l’Apache 2.0.
  • Licences GNU GPL, AGPL, LGPL versions 2 ou ultérieures : cette compatibilité est rendue difficile par les différences d’appréciations de la portée du copyleft. Auparavant, Mozilla avait recours pour cela au double-licenciement; les logiciels étaient à la fois publiés sous les termes de la MPL 1.1 et de la GNU GPL par exemple. Cela menait à des bifurcations, puis à des incompatibilités.

    La MPL 2.0 a adopté une meilleure solution, qui déclare explicitement la compatibilité avec les licences GNU². On peut donc incorporer du code MPL 2.0 à du code GPL 3.0 par exemple, et distribuer le tout sous licence GPL 3.0 — tout en donnant la possibilité à celui qui reçoit l’ensemble de continuer à bénéficier de la portion du code MPL 2.0 sous cette licence.

    Du côté des projets et des distributeurs de logiciels en aval, cette compatibilité simplifie grandement l’analyse du jeu de licences et leur travail de documentation, etc.

Changement de la clause de défense contre les brevets.

À l’heure où la guerre nucléaire sur les brevets est déclarée, on sait l’importance de ces clauses anti-brevets dans les licences de logiciels libres qui se sont développées depuis la version 1.1 de la MPL (1998). On peut dire en quelque sorte que ces clauses sont à la guerre des brevets, ce que les traités SALT sont aux armes nucléaires : des accords mutuels de non-agression.

Le licencié d’un logiciel sous MPL bénéficie de droits accordés par ses contributeurs. Si celui-ci engage des poursuites contre quiconque pour violation de brevets par le logiciel sous MPL, alors il perd tous les droits (droits d’auteur et droits sur les brevets des contributeurs) dont il avait bénéficié jusqu’alors grâce à la MPL.

Cette clause de défense contre les attaques pour violation de brevets (attaques souvent abusives, sur des brevets parfois invalides ou fantasques) est une avancée majeure par rapport à la version 1.1 de la MPL — laquelle avait une clause à la fois bien trop large puisqu’elle se déclenchait pour toutes poursuites de violation de brevets, y compris les brevets qui n’avaient rien à voir avec le logiciel sous MPL ; et à la fois bien trop restreinte puisqu’elle ne concernait que la poursuite d’ayant-droits du logiciel sous MPL, laissant les autres sans protections.

Dans l’ensemble, il faut saluer le travail de Mozilla qui a conduit la rédaction de cette version de la MPL. Il s’agit sensiblement d’une amélioration, qui a su garder les qualités inhérentes à la MPL tout en corrigeant les problèmes pratiques et en s’adaptant aux problématiques d’aujourd’hui notamment dans cette lutte contre les brevets qui, chaque jour, menacent les développeurs de logiciel.

En anglais : Articles de Luis Villa, qui a mené ce travail de rédaction de la MPL 2.0 ; Un article de Richard Fontana (RedHat) ; Communiqué de la FSF ; et enfin, le texte de la licence.


Notes :

  1. La question s’est reposée récemment sur la liste de traduction April : comment traduire copyleft ? Difficile de garder l’élégance et la signification du jeu de mot. Certains traduisent par la (voire le) « gauche d’auteur » et d’autres par « copie laissée ». Je suis partisan de laisser le mot tel quel, en anglais (on parle suffisamment de copyright en français de toute façon) mais si l’on recherche absolument un adjectif pour qualifier ces licences, je pense que « héréditaire » est une bonne solution (merci Luis)  en tout cas, c’est certainement mieux que « virale » ou « contagieuse » qui nous viennent directement du vocable Microsoft. []
  2. Cette compatibilité explicite est cependant optionnelle. Un donneur de licence qui a contribué peut inclure une notice excluant celle-ci. En tout cas, il est intéressant de voir ce procédé se développer. On l’avait déjà vu avec les licences françaises CeCILL, ou avec la licence développée par l’Union Européenne (EUPL). []
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Le gouvernement français, filiale de la politique américaine, branche de Microsoft.

“Politics is the entertainment branch of industry.”
– Frank Zappa

WikiLeaks vient de publier de nouveaux extraits des milliers de câbles diplomatiques en sa possession. Depuis presqu’un an que l’organisation fait débat, nous commençons à voir de plus en plus un usage intelligent de cette ressource. J’en prends pour exemple la récente compilation faite par Knowledge Ecology International des extraits faisant mention de « free software » et de « open source ». Ou comment la politique américaine est totalement influencée par quelques lobbys. Ce n’est pas nouveau, par exemple PC INpact avait fait mention du rôle joué par les américains dans le soutien apporté à la loi Hadopi.

J’ai relevé quand même un extrait intéressant…

France | Embassy Paris | 05/04/07 | U.S. Economic Stakes In France’s Presidential Elections: Less Than Meets The Eye?

¶7. (C) Finally, Segolene Royal’s flirtation with the open source community contrasts with Sarkozy’s expressed concern for ensuring the defense of intellectual property in the digital environment, and fair competition between open source and proprietary software. A UMP government likely would be a more sympathetic partner for working through issues — such as the interoperability question associated with last year’s digital copyright law – that have an important impact on innovation in the digital environment.

Notons au passage que la soi-disante relation, heu… bienveillante, de Ségolène Royal avec la communauté du logiciel libre est bien exagérée… quant à Sarkozy se souciant d’une concurrence non faussée entre le logiciel libre et le logiciel propriétaire, c’est totalement fantaisiste !

Cela dit, l’ambassade américaine a raison sur un point : la question de l’interopérabilité soulevée par la loi DADVSI est importante pour l’innovation et la liberté dans « l’environnement numérique ». Sauf que c’est justement l’UMP qui mettait en péril l’innovation, en surprotégeant les mécanismes de contrôles d’usage (DRM) !

Morale : les américains voient avec bienveillance les actions d’un gouvernement qui met en péril l’innovation dans son pays (donc relativement à l’avantage des autres pays…). Du point de vue de l’innovation sur Internet et des logiciels libres, on ne pourra pas leur enlever qu’ils auront presque tout essayé…

Mise à jour : Presqu’au même moment, Glyn Moody souligne à quel point Sarkozy est prêt à aller, Liberty, Equality, Fraternity, Monopoly

Le ministère des affaires étrangères a fait savoir que la France ne souhaite pas signer de déclaration de l’ONU favorable à la défense des droits de l’Homme sur Internet tant qu’il n’y aura pas de consensus sur le fait que la liberté d’expression et de communication ne prime pas sur les autres droits, en particulier la propriété intellectuelle.

Car le gouvernement a beau jeu de rappeler que « la liberté, le respect de la vie privée et de la propriété intellectuelle » sont tous des droits fondamentaux de même niveau, et que « la France estime qu’il ne doit pas y avoir de hiérarchie entre ces droits« .

Au passage, j’en profite pour signaler que cela contredit totalement la décision du 10 juin 2009 du Conseil Constitutionnel, sur la loi Hadopi. Je cite

12. Considérant qu’aux termes de l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 :  » La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi  » ; qu’en l’état actuel des moyens de communication et eu égard au développement généralisé des services de communication au public en ligne ainsi qu’à l’importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l’expression des idées et des opinions, ce droit implique la liberté d’accéder à [Internet] ;

15. Considérant qu’aux termes de l’article 34 de la Constitution :  » La loi fixe les règles concernant… les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques  » ; que, sur ce fondement, il est loisible au législateur d’édicter des règles de nature à concilier la poursuite de l’objectif de lutte contre les pratiques de contrefaçon sur internet avec l’exercice du droit de libre communication et de la liberté de parler, écrire et imprimer ; que, toutefois, la liberté d’expression et de communication est d’autant plus précieuse que son exercice est une condition de la démocratie et l’une des garanties du respect des autres droits et libertés ; que les atteintes portées à l’exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l’objectif poursuivi ;

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La FSFE aux RMLL

La FSFE était présente aux Rencontres mondiales du logiciel libre, qui se tenaient ce mois de juillet à Strasbourg. Un grand merci aux organisateurs, notamment à Jean-Michel Ramseyer et Nicolas Jean pour le thème Internet du programme, qui se focalisait notamment sur les systèmes distribués libres.

C’est d’ailleurs l’un des nombreux sujets abordés par Karsten Gerloff, interviewé lors des RMLLs. Vous pouvez télécharger l’entretien, doublé en français sur le site des RMLL (streaming, m3u ou téléchargement direct, ogg/vorbis).

Karsten Gerloff – RMLL 2011

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Failure (1988)

A Proposal For A System To Replace Phonograph Record Merchandising (conclusion p. 340)

Most of the hardware devices are, even as you read this, available as off-the-shelf items, just waiting to be plugged into each other in order to put an end to the record business as we know it.

— Frank Zappa in The Real Frank Zappa Book (buy), By Frank Zappa with Peter Occhiogrosso.
(1988, Copyright © 1989 by Frank Zappa. A Touchstone Book, published by Simon & Schuster.) Chapter 18. Failure.

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