Le sang de l’or noir va couler…

There Will Be Blood. Voilà un film que j’attendais. Non pas pour son réalisateur, je ne le connaissais même pas. C’est d’abord pour son acteur principal, Daniel Day-Lewis, que je trouve magistral à chacune de ses prestations. Le premier film où je l’ai vu c’était In the Name of the Father relatant la vie de Gerry Conlon, un irlandais accusé à tort d’un attentat perpétré par l’IRA. Il joue également dans Le Dernier des Mohicans et Gangs of New York. Et puis, avec l’oscar du meilleur acteur décerné quelques jours avant la sortie du film en France, tout confirmait qu’il s’agissait d’un bon film.

Je suis donc allé le voir avec pleins d’espoirs, sans non plus trop savoir quel était le ton du film. Une histoire de pétrole, c’est peu dire en vérité. Une tragique épopée capitaliste et familiale… Le film était bien au delà.

Je conseille ce film absolument. Il est tout simplement magistral, c’est un chef d’œuvre. C’est dire, on est gâté en ce moment à ce niveau, avec Into the Wild dans une moindre mesure et avec No Country for Old men dans un autre genre.

There Will be Blood est différent. On retrouve là encore des décors somptueux, le sud-est des États-Unis, mais à une autre époque, le début du XX siècle et donc les débuts des exploitations de pétrole dans la région. On parle du film comme un portrait de fondements de la puissance américaine, libéralisme, religion, famille, argent, pétrole. Il y a, il est vrai, une dimension telle. Mêlée à une réalisation impeccable, des acteurs incarnant à merveille leurs personnages, une musique envoûtante, le film est un vrai bijou d’horreur. Car c’est là tout le ton de le film, l’horreur et l’épouvantable. Vous ne pourrez pas regarder le film comme un autre tant il suscite des émotions rares au cinéma. Pendant les deux heures et demie, vous serez totalement mal à l’aise et à la fin, mille questions envahiront votre tête et continuellement vous chercherez à cerner le personnage principal autour duquel tourne tout le film. L’ambiguïté est totale. Si vous ne voyez dans le personnage de Daniel Plainview qu’un simple entrepreneur dans le pétrole, audacieux, prêt à tout pour l’argent, je pense que vous avez raté une dimension du film primordiale, cette ambiguïté majeure du personnage concernant son humanité. C’est vraiment sur cet aspect là que repose tout le film. Daniel Plainview n’est pas juste un homme dénué de compassion, machiavélique, avide de satisfaire son ego, sa réussite… le problème est qu’on se demande si Daniel Plainview est un homme. S’il est au-dessus ou en-dessous n’est pas la question. La question est de savoir s’il est autre ou s’il se donne l’illusion intime qu’il est autre reniant sa véritable nature. Et c’est cette question et les interrogations, les sentiments que vous éprouvez lorsque vous vivez l’expérience de ce film, qui vont manipuler votre regard sur le monde qui vous est présenté dans les États-Unis du début du XX et qui perdure aujourd’hui. Et là où le film réussit magistralement, c’est qu’il arrive à plusieurs reprises à vous envoyer, telle un gifle en pleine figure, le contraire de ce à quoi vous voulez croire. Et ce, jusqu’à la fin et les dernières scènes, qui pour ma part, ont fait presque tomber toute illusion sur la condition humaine de Daniel Plainview.