Publié en octobre 2009

Qui a gagné la bataille Hadopi ?

Le 22 octobre 2009, Nicolas Sarkozy jubilait dans un communiqué de presse : « Le Président de la République se réjouit de la prochaine entrée en vigueur de la loi relative à la protection pénale de la propriété littéraire et artistique sur internet [dite Hadopi 2], après la décision du Conseil Constitutionnel qui en valide le contenu. »1. Alors que quatre mois et demi plus tôt, des couronnes mortuaires célébraient en liesse la mort de la loi Hadopi2, la première mouture de la loi étant jugée anticonstitutionnelle. Comment deux opinions qui se sont affrontées durant près de deux ans peuvent-elle de concert clamer victoire ? Laquelle de ces parties peut de bon droit exulter ? Au final, qui a gagné la bataille Hadopi ? Au moment où est publié un livre retraçant cette bataille3, nous nous proposons de répondre à cette ultime question.

Ceci est une version synthétisée et modifiée. Article originel © La Quadrature du Net – 2009, cc-by-sa

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Hadopi 2 validée par le Conseil constitutionnel

Jeudi 22 octobre, Le Conseil constitutionnal a rendu sa décision quant à la loi Hadopi 2, ou plus exactement « loi relative à la protection pénale de la propriété littéraire et artistique sur internet » (décision n° 2009-590 DC). La quasi-totalité a été déclarée conforme à la Constitution, à l’exception de la partie de l’article 6 dédiée aux dommages et intérêts que pouvaient demander les ayant-droits en vue de la réparation du méfait engendré par le téléchargement illégal. Bon, pour une analyse juridique de la décision, veuillez rendre visite à Maître Eolas. Sinon voici l’extrait de la décision qui motive la censure

dans le cadre de la procédure simplifiée, la victime pourra former une demande de dommages et intérêts et, le cas échéant, s’opposer à l’ordonnance pénale ; que, toutefois, cette disposition ne fixe pas les formes selon lesquelles cette demande peut être présentée ; qu’elle ne précise pas les effets de l’éventuelle opposition de la victime ; qu’elle ne garantit pas le droit du prévenu de limiter son opposition aux seules dispositions civiles de l’ordonnance pénale ou à ses seules dispositions pénales ; qu’ainsi le législateur a méconnu l’étendue de sa compétence ; que, dès lors, le deuxième alinéa de l’article 495-6-1 du code de procédure pénale doit être déclaré contraire à la Constitution ;

Par contre, toutes les garanties judiciaires que demandaient le Conseil constitutionnel dans sa précédente censure de Hadopi au nom de la Déclaration des droits de l’homme, ont été satisfaites par Hadopi 2 si l’on en croit cette décision. C’est vrai que les garanties en matière de Justice en France en prennent pour leur grade depuis des années… ça continue!

Bonne propagande pour Windows 7 ?

Cela n’a pas échappé à beaucoup de monde. Jeudi, Microsoft a lancé son tout nouveau système d’exploitation révolutionnaire : Windows Seven. Enfin, pour les qualificatifs, je ne suis pas sûr… car bien que j’ai échappé aux publicités, je n’ai rien manqué grâce à l’information qui m’est parvenue grâce à la presse…

Je dois avouer que je suis quand même assez consterné de voir la tribune que les médias ont donné à Microsoft. Quelle information pertinente y avait-il là? Pourquoi LeMonde.fr y consacre-t-il plusieurs articles dénués de tout esprit journalistique ? Pourquoi France Culture, une radio du service public, donne ainsi la parole au PDG de Microsoft France? Car ces articles ne parlent pas d’économie, ni de technologie.

Il s’agit tout bonnement de propagande véhiculée par Microsoft. J’utilise le mot propagande, car il s’agit de publicité déguisée en information journalistique. La mission du journaliste est détournée vers la promotion d’un produit, d’une politique, visant à susciter l’adhésion de l’audience. Je ne pense pas que le mot propagande soit trop fort, car ce que véhicule Microsoft dépasse largement une stratégie commerciale ou marketing, il y a une stratégie politique.

Et quoi de plus habituel de trouver dans les rouages de la propagande la désinformation, le détournement du sens des mots, l’utilisation d’un langage tel que le dénonçait Orwell?

Petit exemple avec un article du Monde.fr, «Avec Windows 7, un PC s’allume en quelques secondes»

Notre atout, c’est que le PC, avec Windows, est l’outil d’accès à l’information le plus démocratique au monde. Vous pouvez en acquérir un pour 299 euros.

Quel lyrisme! Microsoft, bienfaiteur de l’humanité: Windows est donc le fer de lance de la démocratie moderne! Et pour seulement… combien? non! 299 euros! À côté de ça, les sytèmes comme GNU/Linux qui donnent à chacun 4 libertés fondamentales que Microsoft piétinne, peut s’acquérir pour 0 euro.

D’ailleurs, la réponse citée ci-dessus répondait à la question suivante (cherchez le rapport)

Les produits Windows équipent neuf ordinateurs sur dix dans le monde. Mais Apple vend de plus en plus de Mac, Google a annoncé un système d’exploitation pour PC. Et sur les logiciels pour téléphones mobiles, vous n’êtes pas les premiers – c’est Symbian, filiale de Nokia. Votre domination est-elle menacée ?

Une question qui évoque timidement la question de la vente forcée de Microsft Windows avec l’achat d’un ordinateur

PS: Un petit dessin de Martin Vidberg, pour se donner la patate et finir sur une petite touche optimiste ;)

Le Logiciel Libre est-il plus sécurisant ?

Alors que Microsoft s’apprête à lancer à grands renforts de propagande publicité son nouveau système d’exploitation Windows 7, une faille de sécurité assez importante semble avoir été passée sous silence. Microsoft doit se refaire une image auprès de ses utilisateurs, après le succès plus que mitigé de Windows Vista, qui peine à remplacer le vieux Windows XP, on comprend que le monopoliste tienne davantage à soigner l’emballage de son produit plutôt que de s’occuper de la sécurité de son nouveau système.

Certes, les systèmes de Logiciel Libre ne sont pas exempts de défauts, toutefois je pense qu’on est en droit de dire que le Logiciel Libre est plus sécurisant, pour plusieurs raisons. D’abord, le code source est ouvert, ce qui permet à n’importe quelle entité qui en a les moyens (un développeur, une agence spécialisée en sécurité informatique, un concurrent…) d’identifier une faille – voire de la corriger. Ensuite, le Logiciel Libre n’est pas monopolisant, ce qui permet une division des tâches mieux répartie. Par exemple, il existe plusieurs versions de Linux, plusieurs systèmes d’exploitation basés sur GNU et Linux, plusieurs distributeurs (entreprise ou communauté) et plusieurs vendeurs. Enfin, son mode de développement collaboratif induit nécessairement plus de transparence. Tous ces différents niveaux assurent que chaque étape de l’élaboration du système est contrôlée.

Cela contraste énormément avec le modèle de développement d’un écosystème propriétaire ou la division des tâches est possible, mais pas de responsabilité ni de pouvoir diffus. Chacun garde le contrôle exclusif de son logiciel et par conséquent les failles de sécurité probables qui y sont liées. En résulte que lorsqu’une entreprise détient un monopole et abuse de sa position sur un secteur aussi important que celui de Microsoft, les effets sont considérables. Tous les utilisateurs des produits de Microsoft en sont fortement dépendants. La résolution de problèmes et de failles de sécurité repose entièrement sur son bon vouloir. Malheureusement, dans une structure qui essaye d’être omnipotente, si le marketing passe avant la sécurité du produit, c’est l’utilisateur qui en pâtit.

Voici donc quelques incidents dus à des problèmes de sécurité concernant les logiciels de Microsoft qui ont été mentionnés depuis le 1er octobre… (j’en ai certainement loupé, n’hésitez pas à m’en suggérer).

  • Linux saves Aussie electrical grid — Open sauce to the rescue
    La salle de contrôle du réseau électrique d’une entreprise d’énergie australienne est atteinte d’un virus informatique. Évidemment, elle fonctionnait sous Windows. Les techniciens évitent la coupure générale en passant aux serveurs fonctionnant sur Linux.
  • Avoid Windows Malware: Bank on a Live CD
    Si vous voulez éviter les problèmes lorsque vous consultez en ligne votre compte en banque, n’utilisez pas votre ordinateur avec Windows… Utilisez un système d’exploitation libre comme GNU/Linux (avec un Live CD, qui ne nécessite pas d’installation par exemple).
  • Une faille importante dans Windows 7, ignorée par Microsoft
    Seulement quelques jours avant la sortie de Windows 7, une faille importante est passée sous silence par Microsoft qui n’a toujours pas publié de patch ni communiqué au sujet de ce problème de sécurité plutôt important.
  • London Stock Exchange Rejects .NET For Open Source
    La société qui gère la place financière londonienne lâche son système Microsoft au profit d’une solution Libre, suite à une faille critique qui bloqua le marché pendant presque une journée. Au passage, elle réalise des économies…

Pour la même raison, évitez d’utiliser Internet Explorer et utilisez un logiciel libre comme Firefox. Là aussi, Microsoft met souvent du temps à réparer ses erreurs.

Sur le sujet

Je ne suis évidemment pas le premier à traiter de ce sujet, d’autres l’ont fait de manière plus précise et plus exhaustive et certainement dans un meilleur style. Alors voici quelques liens:

Quoiqu’il en soit, avant d’être un problème de sécurité, un problème technique, il s’agit d’un problème de confiance et de contrôle.

C’est à nous de prendre en compte notre sécurité

Enfin, je finirai par dire que le Logiciel Libre n’est pas plus sécurisé en soi. Mais en donnant à chacun la liberté d’étudier le code source, d’améliorer et de partager ses améliorations, le Logiciel Libre donne à ses utilisateurs le pouvoir de prendre en main leur propre sécurité, et non de la déléguer aveuglément.

Et ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence si les meilleurs outils pour garantir aux utilisateurs leur intimité ou de préserver leur vie privée, sont souvent des Logiciels Libres. Je pense en particulier à GnuPG ou OpenSSH.


Le problème se pose aussi avec les systèmes Apple, dont les déboires en matière de protection de l’utilisateur et de sécurité ont été assez médiatisés concernant le iPhone. Là où le Logiciel Libre permet de savoir exactement ce que le système du téléphone fait.

Soutenons Le Monde Diplomatique

Le Diplo

Je vous invite à lire l’éditorial de Serge Halimi, Notre Combat, paru dans l’édition d’octobre du Monde Diplomatique. À nouveau, il nous prouve toute la lucidité de l’analyse qu’on retrouve dans ce journal mensuel, qui reste pour moi l’un des seuls bastions du vrai journalisme – celui qui enquête, informe et s’efforce d’être indépendant.

Saisissant, tel est le contraste avec les raisonnements caricaturaux qu’on retrouve dans beaucoup d’autres journaux dès lors qu’il s’agit d’aborder le rôle de la presse, et surtout, ses devoirs.

Quelques extraits.

Puisque la démocratie est sans cesse invoquée, quand avons-nous au juste collectivement décidé — à quelle occasion ? lors de quel scrutin majeur ? — qu’une poignée de très grandes entreprises, financées par de la vente de publicité et prioritairement soucieuses de dégager un profit maximum, seraient les principaux artisans de notre information ?

Internet n’a pas décimé le journalisme, il agonisait déjà
Ce n’est pas Internet qui servit de caisse de résonance aux bobards des armées « alliées » pendant la guerre du Golfe (1991) ou à ceux de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) pendant le conflit du Kosovo (1999). Impossible également d’imputer à Internet l’incapacité des grands médias à annoncer l’effondrement des caisses d’épargne aux Etats-Unis (1989), puis à imaginer la déroute des pays émergents huit ans plus tard, enfin à prévenir cette bulle immobilière dont le monde continue de payer le prix. Les terribles accusations de pédophilie de l’affaire d’Outreau ou d’antisémitisme du RER D ne provenaient pas non plus de la Toile.

Dans les reproches adressés à Internet, on décèle souvent autre chose qu’une inquiétude légitime devant les modes d’acquisition du savoir et de transmission de l’information : l’effroi que le magistère de quelques barons du commentaire touche à son terme. [...] Mais un jour, des sans-culottes ont débarqué avec leurs claviers…

Mais nous comptons tant de complices ailleurs : l’association des Amis du Monde diplomatique, dont l’existence conforte l’indépendance de la rédaction et qui, chaque mois, organise des dizaines de débats autour des thèmes que nous développons ; les kiosquiers qui veillent à ce que notre journal reste bien exposé, et parfois le recommandent ; les enseignants qui le font connaître à leurs élèves ; la presse alternative qui tire profit de nos informations et dont certains animateurs musardent dans nos colonnes ; beaucoup de curieux, des journalistes francs-tireurs, quelques mauvais caractères…

Et vous tous, sans qui rien n’est possible.

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Affiches de campagne – association Libertés Numériques

On continue notre campagne. Cette fois-ci, sur le terrain avec nos nouvelles affiches. (Cliquez pour agrandir)
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