Publié en novembre 2009

La Justice militaire

La justice militaire est à la vraie justice ce que la musique militaire est à la vraie musique.

– Sergio Corbucci, réplique vraisemblablement empruntée à Georges Clémenceau

Sergio Corbucci est un réalisateur italien, auteur notamment de quelques westerns spaghettis savoureux dont Far West Story.

Cité dans : Ignacio Ramonet, Propagandes silencieuses, folio actuel

Souhaitons-nous une société d’illettrés numériques ou une société libre ?

J’ai écris il y a deux semaines un bref billet, Of Democracy and Hacking sur le blog que je tiens à la Free Software Foundation Europe. À l’origine c’était un brouillon, une petite idée. Je me suis dit, je vais la poster et puis lorsque j’aurai le temps, je continuerai à développer l’idée et à l’améliorer. Et puis il y a quelques jours Glyn Moody le signale sur son µblog (identi.ca et twitter). Du coup, l’audience s’est élargie considérablement :) Jusqu’à ce que les traducteurs du Framablog y consacrent un billet – copié ci-dessous.

Du coup ça donne une situation assez cocasse où j’écris en anglais un petit billet de blog vite-fait, qui se retrouve traduit en français et que je relis pour améliorer la traduction!

Bonne lecture. (N’hésitez pas à recopier/modifier ce contenu, il est sous licence libre évidemment).

Framablog

On peut s’extasier béatement devant les prétendues capacités technologiques de la nouvelle génération, née une souris dans la main, et baptisée un peu vite les « digital natives ».

Mais si il ne s’agit que de savoir manier de nouveaux objets, sans conscience, sans recul, et sans compétence ni curiosité pour en soulever les capots, alors nous ne mettons peut-être en danger.

Or, parmi ces nouveaux objets, il y a les logiciels, dont tout le monde aura noté la place croissante qu’ils occupent dans nos sociétés actuelles. Nous écarterons d’autant plus facilement ce danger que nous serons toujours plus nombreux à accorder de la valeur à la liberté des logiciels.

C’est la thèse que défend ici Hugo Roy en évoquant, par analogie avec la démocratie, une approche systémique de la situation.

PS : Pour l’anecdote, il s’agit d’une traduction que nous avons entamé sans savoir qu’Hugo Roy était français de langue maternelle. Du coup c’est la première fois qu’on se retrouve avec une traduction relue par l’auteur même de l’article d’origine !

Logiciel Libre, Société Libre : À propos de la Démocratie et du Hacking

Hugo Roy – 8 novembre 2009 – Blog de la FSFE

(Traduction Framalang : Gilles Coulais et Hugo Roy)

Lorsqu’on explique pourquoi le logiciel libre est important, une question revient souvent :

« Ai-je réellement besoin de la liberté du logiciel ? »

L’utilité de la liberté du logiciel n’est pas évidente pour tous. Tout le monde n’est pas capable de comprendre le code source d’un programme, et ils sont encore moins nombreux à pouvoir le modifier. Seuls les hackers et les développeurs peuvent en effet jouir pleinement des quatre libertés d’un logiciel libre. Il est alors difficile de convaincre quelqu’un d’abandonner le logiciel propriétaire pour le simple bénéfice de la liberté, tant qu’il ne comprend pas l’utilité de cette liberté.

Il est essentiel de penser ce problème non pas comme un simple engagement envers la liberté, mais plus comme un problème de systèmes.

Tout d’abord, ne pas jouir d’une liberté n’implique pas pour autant qu’on ne bénéficie pas des effets de cette
liberté. L’analogie la plus évidente ici sont les systèmes politiques. La Constitution est à la souveraineté ce que la licence des logiciels libres est au droit d’auteur. La Constitution qui définit notre système politique donne à chaque citoyen des libertés et des droits, tel que le droit de se porter candidat à une élection.

Tout le monde peut se présenter à une élection, ce qui ne signifie pas pour autant que tout le monde le fera. Tout le monde n’a pas la compétence ou l’envie de devenir politicien. Cela étant, diriez-vous que la démocratie n’a aucune importance juste parce que vous ne souhaitez pas personnellement entrer en politique ? Je crois que le plupart des gens ne dirait pas cela.

C’est la même chose avec le logiciel libre. Chacun peut utiliser, partager, étudier ou améliorer le programme. Mais le fait que vous ne le ferez pas ne doit pas vous amener à penser que ce n’est pas important pour vous. C’est important pour le système lui-même. Et plus le système devient important, plus cette liberté prend de la valeur.

À moins, bien sûr, que vous ne partiez du principe que le logiciel n’est pas important, et par conséquent son degré de liberté également. Mais alors, je suggère que vous éteigniez votre ordinateur et que vous arrêtiez de me lire. Prenez un avion et passez le reste de votre vie sur une île déserte.

Regardons maintenant de plus près l’utilité de la liberté logicielle. Alors que de plus en plus de logiciels sont utilisés dans notre société pour faire toujours davantage, nous devrions être de plus en plus nombreux à être capables de comprendre le logiciel. Sauf à vouloir donner à certains un contrôle total sur vous-même. Et alors les autres façonneront le système à votre place, en vue d’obtenir toujours plus de pouvoir au sein de ce système.

C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de démocratiser le hacking. Et cette démocratisation viendra naturellement si le logiciel libre est largement utilisé. Donnez aux gens la possibilité d’étudier et d’explorer quelque chose, et ils finiront par le faire, au moins par curiosité, de la même manière que l’Imprimerie a donné aux gens la volonté d’être capable de lire puis d’écrire. Il s’agit évidemment d’un long processus. Mais ce processus peut s’avérer beaucoup plus long si nous utilisons du logiciel propriétaire, un logiciel que vous ne pouvez ni lire, ni modifier, ni partager.

Souhaitons-nous une société d’illettrés numériques ou une société libre ?

Le Berliner Dom

L’unique photo de ma lamentable excursion de dimanche durant laquelle j’ai oublié la batterie de l’appareil.

Résultat le temps que je revienne récupérer l’appareil, il faisait déjà noir :)

Le droit à l’oubli numérique abordé au Forum de la Gouvernance de l’Internet

Je suis abasourdi par la rapidité avec laquelle le débat sur le « droit à l’oubli » numérique progresse. La semaine dernière ce n’était encore qu’un petit atelier à Sciences Po. Puis je découvre que c’est en fait une proposition de loi française. Mais comme évidemment toutes ces questions de régulations sont peu efficaces à l’échelle nationale, la ministre du numérique, NKM, a plaidé sa cause au niveau international lors du Forum de la Gouvernance de l’Internet qui se tenait en Égypte.

J’ai lu le bref discours que notre ministre y a tenu. On peut notamment y lire ceci,

Au Etats-Unis, 35% des recruteurs déclarent avoir éliminé des candidats pour cause de propos ou de photos sur Internet jugés déplacés. En France, 78% des jeunes de 18 à 24 ans, qui sont pourtant les plus enclins à dévoiler des pans de leur intimité sur Internet, jugent que la protection de la vie privée y est insuffisante.

Cela fait bien évidemment référence à ce que les jeunes publient sur les sites comme facebook.

D’un côté on parle de photos ou de propos publiés sur un site, de l’autre on parle d’intimité, et de protection de la vie privée qui serait insuffisante.

Mais comment peut-on se plaindre que ce qui est publié mette à nu l’intimité de son auteur ?! C’est complètement surréaliste ! Si demain je publie un livre, je dois assumer mes propos, et ce même dans quelques années. Mais je ne peux pas me plaindre que ce que j’écris dans ce livre mette à nu mes opinions, mes idées. C’est même le but de publier !

Je maintiens que ce droit à l’oubli est une très mauvaise idée qui passe à côté du vrai problème. L’enjeu pour moi doit être défini comme cela,

  • ce que les gens publient sur Internet est public.
    • S’ils publient avec un site ou un service qui ne leur garantit pas le contrôle de ce qu’ils publient, alors il faut tout de même instaurer un contrôle minimum sur ces sites pour respecter la volonté de l’auteur (cette problématique est adressée par la loi informatique et liberté, mais devrait être renforcé notamment à l’international)
    • C’est pourquoi le mieux est de publier avec des services dans lesquels on peut avoir confiance, sur lequels on exerce un véritable contrôle.
    • Exemple: je veux publier quelque chose mais je ne veux pas pour autant que Google le référence. Si je publie moi-même je peux garantir que Google ne référence pas ma publication.
  • Ce qui est intime et relève de la vie privée doit rester privé et n’a pas vocation à être publié. Les outils et services que vous utilisez doivent vous garantir le contrôle et la protection de cette intimité et des données personnelles. Le mieux pour cela est d’utiliser des Logiciels libres et des services réseaux décentralisés (comme Jabber pour la messagerie instantanée).
    • Exemple: vos données personnelles n’ont rien à faire sur facebook, qui est un site de publication. Votre correspondance privée n’a rien à faire sur facebook, surlequel vous n’avez aucune garantie ni aucun contrôle. Votre courrier est une donnée personnelle, c’est la correspondance privée et sa protection est garantie par la loi.

# Pour en savoir plus sur qu’est ce droit à l’oubli en substance, consultez le compte-rendu du député Lionel Tardy.

Est-ce que Microsoft se soucie de la sécurité de ses utilisateurs ?

Quelques jours avant la sortie officielle de Windows7, je parlais déjà d’une faille de sécurité importante qui avait été malicieusement étouffée par Microsoft. À cette occasion, je m’étais attaché à montrer brièvement pourquoi le Logiciel Libre offre davantage de garanties pour la sécurité de l’utilisateur.

Il s’avère que les allégations de la FSFE étaient tout à fait fondées et que nous avions toutes les raisons de nous inquiéter pour la sécurité des systèmes informatiques des utilisateurs de Windows (qui représentent encore la majorité du grand public). En effet, comme l’a pointé un article de Computersworld (via dlfp), Microsoft s’est enfin contraint à communiquer une notice de sécurité à ses clients concernant cette vulnérabilité à haut-risque – mais le problème n’est toujours pas corrigé.

Ce qui est important ici, c’est que cet avertissement de sécurité avait déjà été lancé par l’agence BSI, il y a plus d’un mois ! En dépit des conséquences, Microsoft avait décidé pendant ce temps de ne rien dire à ses clients pour éviter toute mauvaise publicité autour du lancement de Windows7.

Un tel mépris envers la sécurité de ses propres clients m’amène à me demander : Microsoft tient moins à la sécurité de ses clients qu’à sa bonne image ? Cette expérience prouve que oui. Microsoft a fait le choix de laisser ses clients dans l’ignorance et ainsi a mis en danger leurs systèmes informatiques. Voici encore une parfaite illustration du fait que le logiciel propriétaire prend ses utilisateurs en otage : Microsoft est pris à sacrifier votre sécurité pour ses objectifs commerciaux.

Oublions vite cette mauvaise idée

L’atelier sur le droit à l’oubli et sa proposition de loi attachée ont commencé à créer le débat sur le Web et dans les médias. Évidemment, je n’ai pas pu assister à l’atelier (mais j’attends bien le compte-rendu de mes camarades de Libertés Numériques !) mais j’ai pu en suivre la trame grâce aux personnes présentes dans la salle qui lâchaient leurs commentaires sur twitter et sur identi.ca.

Ça confirmait ce que je pensais. Ce droit à l’oubli est une mauvaise idée, à côté de la plaque, qui créera plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait. D’ailleurs le débat était effectivement mal posé et beaucoup de questions m’ont semblé totalement incompréhensibles et hors-sujet.

nk_m:
#oubli. Question de la salle a Google: « moi je voudrais surtout pouvoir effacer mon nom du moteur de recherche ». 10:37 AM Nov 12th

La solution est simple pourtant… Ne jamais perdre le contrôle de ce qu’on publie. Si cette personne veut pouvoir continuer à utiliser Internet pour communiquer tout en préservant un niveau d’intimité maximal (donc être épargné par les recherches Google), elle n’a qu’à utiliser des moyens privés et personnels (sa messagerie instantanée décentralisée, son serveur de courrier électronique) et lorsqu’elle publie quelque chose sur le Web, le faire sur son propre site en précisant que Google ne doit pas le référencer (c’est faisable facilement avec une balise http meta à l’indication des robots qui indexent les pages).

Malheureusement je soupçonne cette personne, s’il s’agit d’un étudiant, de vouloir être supprimée des résultats de Google, parce qu’une recherche avec son nom envoie vers… son compte facebook.

Bref, j’espère que cette mauvaise idée sera très vite oubliée et qu’à la place, on se concentrera sur la réflexion pour

  • améliorer le cadre législatif déjà établi (loi informatique et liberté) notamment au niveau européen
  • éduquer les gens avec l’utilisation du Web et sensibiliser sur l’importance du contrôle de ses données (autant que du contrôle de son logiciel). Et pour ça, le logiciel libre a des qualités indéniables.

Enfin, plutôt que de blâmer Google, n’est-il pas plus intelligent de se demander ce que fait un cadre de Microsoft à une conférence consacrée à la protection des données personnelles ? Un élément de réponse en image où Microsoft informe que “des informations personnelles seront peut-être accidentellement envoyées”.