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mars 2010

Et si la loi venait en renfort de l’Internet Libre ?

Ce qu’on appelle l’Internet Libre, c’est cette vision du réseau restée fidèle à l’esprit fondateur d’Internet – une vision intimement liée à celle du Logiciel Libre. Un idéal mis à mal par certaines évolutions des pratiques et une évolution technique vers davantage de centralisation, donc à l’opposé du fonctionnement même d’Internet, où chacun est acteur (récepteur et émetteur, client et serveur). On dit que l’intelligence est à la périphérie, elle n’est pas dans le réseau et, niveau contrôle, niveau pouvoir, cela change tout.

Dans un Internet Libre, le pouvoir reste au niveau de l’utilisateur, du citoyen. Dans un Internet dénaturé, sorte de Minitel 2.0, le pouvoir s’accumule aux mains de quelques uns, qui deviennent de facto plus importants que les autres sur le réseau. Cela signifie aussi que le contrôle par l’État est rendu facile par la diminution du nombre d’acteurs à contrôler (un peu comme cela se passe avec Microsoft, une fenêtre ouverte à l’État pour mieux surveiller).

Cette mission, de préserver un Internet Libre, c’est un peu celle que s’est donnée FDN, le plus ancien fournisseur d’accès à Internet. FDN, French Data Network, est une association, où chacun est en quelque sorte son propre FAI. Son président, Benjamin Bayart, a par exemple expliqué plus en détails ces aspects dans la conférence Internet libre, ou Minitel 2.0 ? Voilà pour le petit rappel du contexte pour savoir l’enjeu.

Ce dont je veux vous parler ici concerne le Web, sur lequel chacun peut désormais publier facilement. De la même façon, si on garde l’esprit d’Internet, chacun devrait publier sur le Web sur son propre site, avec ses propres moyens (et ainsi garder le contrôle) plutôt que faire appel à une autre personne (ou à une autre entreprise).

Malheureusement; là aussi les choses ne se passent pas de la même manière et on a également un mouvement vers plus de centralisation. À cet égard, des infrastructures comme Facebook sont effarantes. Plusieurs centaines de millions d’utilisateurs écrivent et publient chaque jour – en perdant complètement ou presque le contrôle de leurs données et publications. La conséquence au niveau d’Internet est immédiate : au lieu d’être acteur par soi-même, toutes ces personnes actives (car elles publient) perdent une partie de leur autonomie, donnée à Facebook. La même chose se produit sur les plateformes de blog ou de vidéos.

D’un côté, nous sommes de plus en plus nombreux à publier sur Internet – prenant ainsi la mesure de notre capacité d’expression devenue si grande grâce au Web, mais de l’autre nous sommes très nombreux à ne même pas contrôler tout ce que nous publions.

Si on regarde de l’autre côté du miroir, nous avons donc quelques acteurs qui concentrent la grande majorité des publications et qui ont donc tout le contrôle qui repose sur leurs épaules. Évidemment, ces acteurs ne le font pas par charité, mais bien évidemment parce qu’ils y ont un intérêt commercial.

Or, que vient faire la loi dans tout ça ? La loi est là pour rappeler les responsabilités de chacun. Quand je publie quelque chose sur ce blog. Je suis responsable de ce contenu, parce que non seulement je l’ai écrit, mais parce que j’ai tout le contrôle dessus. Par ailleurs, comme j’y autorise les commentaires – non pas par altruisme mais parce que c’est dans mon intérêt de pouvoir discuter de ce que j’écris avec les autres – c’est aussi de mon devoir de faire en sorte que mon blog ne serve pas à enfreindre la loi (diffamations etc.). Chaque blogueur a ses responsabilités.

Or comme nous le voyons, à force de vouloir concentrer la majeure partie du pouvoir et du contrôle aux mains de quelques uns, on concentre aussi les responsabilités. Et là, la loi peut faire beaucoup de mal.

En Italie récemment, des juges ont condamné Google pour sa part de responsabilité dans la mise en ligne d’une vidéo. La vidéo mettait en scène des jeunes tabassant une personne. Le contenu était litigieux. La police a demandé à Google de retirer la vidéo, ce qu’ils ont fait. Mais pour autant les juges n’ont pas épargné leur responsabilité. Pour Google, il s’agit d’une menace très sérieuse au Web et à la liberté d’expression.

J’ai l’impression de me retrouver un peu avec le problème de la presse vis-à-vis du Web. L’industrie de la presse crie partout qu’elle est garante d’une certaine pluralité des opinions et des expressions, et que leurs problèmes financiers (pas forcément dus au Web) sont un danger pour la démocratie.

« Cette dernière dispose d’un atout de poids dans le débat public. Quand elle juge son existence menacée, elle sonne le tocsin plus facilement qu’un ouvrier dont l’usine s’apprêterait à fermer. Et pour rallier chacun à son étendard, elle n’a qu’à prononcer la formule rituelle : « Un journal qui disparaît, c’est un peu de démocratie qui meurt. » L’énoncé est pourtant absurde, burlesque même. Se rendre à un kiosque suffit pour constater que des dizaines de titres pourraient cesser d’exister sans que la démocratie en pâtisse. Les forces de l’ordre idéologique perdraient même dans l’affaire quelques-uns de leurs commissariats. Cela ne rend pas illégitimes les inquiétudes des journalistes concernés. Mais des milliards de gens sur terre n’ont nul besoin pour défendre leur emploi de lui inventer d’autre vertu que celle de leur procurer un salaire. »
« Notre combat », Serge Halimi, Le Monde Diplomatique, Octobre 2009.

La situation est assez analogue. Google, via YouTube, permet à chacun de pouvoir publier des vidéos (ce que chacun peut déjà faire lui-même à partir du moment où il est connecté à Internet) – donc il pèse dans la balance et se montre comme un puissant canal de liberté d’expression. Mais en même temps, ne nous voilons pas la face, YouTube est une vraie manne financière et commerciale. Derrière le slogan de Google, “Don’t be Evil” il y a des bénéfices faramineux.

C’est là que la récente décision judiciaire en Italie est intéressante et rappelle que la liberté d’expression ne va pas indépendamment des responsabilités qui incombent à chacun de respecter la loi. Et d’ailleurs, cette décision en Italie vient d’être renforcée par un arrêt français dont parlait Authueil :

« L’arrêt de la cour de Cassation du 14 janvier 2010, dit « arrêt tiscali » agite beaucoup le petit monde d’internet. Je crois que certains partent dans la mauvaise direction (parfois en toute mauvaise foi) en criant à la censure et à l’atteinte à la liberté d’expression.

Ce que dit cet arrêt, c’est qu’à partir du moment où on gagne de l’argent grâce aux contenus produits par les utilisateurs, il est normal que l’on soit aussi responsable juridiquement de ces contenus. Trop facile de prendre les avantages (le pognon) et de refuser les inconvénients (la responsabilité juridique). Un hébergeur, c’est celui qui héberge, c’est à dire qui assure le « stockage direct et permanent de données ». Ses revenus doivent relever de cette activité et d’elle seule. A partir du moment où il met de la publicité dont l’audience (et donc le niveau de revenus) dépend des contenus, il exerce une autre activité que celle d’hébergeur. Logique et imparable. »

On peut relever la même chose pour Google, comme l’explique Marc Rotenberg de l’EPIC (Electronic Privacy Information Center) :

“I don’t think this is really a case about ISP liability at all. It is a case about the use of a person’s image, without their consent, that generates commercial value for someone else. That is the essence of the Italian law at issue in this case. It is also how the right of privacy was first established in the United States.

The video at the center of this case was very popular in Italy and drove lots of users to the Google Video site. This boosted advertising and support for other Google services. As a consequence, Google actually had an incentive not to respond to the many requests it received before it actually took down the video.

[...] Also important is the fact that the New York judge who rejected the privacy claim, suggested that the state assembly could simple pass a law to create the right. The New York legislature did exactly that and in 1903 New York enacted the first privacy law in the United States to protect a person’s « name or likeness » for commercial use.”

Alors, quelle conséquence pour la liberté d’expression ? Selon moi, aucune. La conséquence est clairement identifiable pour Google etc. Mais la solution est toute trouvée : si chacun prend en main sa publication et donc prend toute la mesure de sa liberté d’expression, sans abandonner le contrôle qu’il a sur celle-ci, n’aurait-on pas fait un pas en avant vers plus de liberté, un pas vers des comportements responsables pour l’Internet libre ?


NB. Bon cela dit je viens de lire un peu plus à propos de ces deux décisions de justice… et je dois avouer que je ne suis pas sûr qu’elles soient toute deux vraiment tenables… À suivre.

Internet Actu : Dans le futur, chacun aura le droit à son quart d’heure d’anonymat

Par Jean-Marc Manach, journaliste au Monde Diplomatique, sur InternetActu et blogueur invité chez Le Monde. Article sous licence cc by nc.

Google, Facebook et consorts sont à la libération de la parole publique ce que l’industrie du sexe fut à la libération sexuelle : une façon d’exploiter et de faire commerce d’une nouvelle liberté, mais, et dans le même temps, l’un des vecteurs de banalisation, et donc de diffusion, de cette libération.

L’explosion du web, dans les années 90, fut intimement liée au phénomène des “pages persos” (”homepage“, en anglais) que, avec l’expansion des blogs et du web 2.0, les professionnels qualifient aujourd’hui d’”User Generated Content” (UGC).

Ce n’est qu’ensuite, et dans un troisième temps, que le commerce électronique, et les services en ligne, ont attiré le chaland, comme le rappelait récemment Arno*, co-auteur, avec le minirézo (réseau informel de défense de la liberté d’expression, créé en 1996), d’un “manifeste du web indépendant“, pour qui “cette possibilité d’exercer réelle­ment et à grande échelle leur liberté d’expression publique est la réelle innovation apportée par le Web et l’internet” :

“En décembre 2000, on dénombrait en France environ 3 millions d’internautes « assi­dus », et… 1,5 million de pages personnelles. Alors que seul le web marchand faisait l’actualité.

On est donc confronté à un phénomène énorme, un comportement que l’on ne peut occulter. Le citoyen, sur l’internet, n’est pas un consommateur passif : jamais l’expression publique des citoyens n’a été aussi massive.”

Depuis, les blogs et réseaux sociaux ont eux aussi droit de cité, mais les internautes se retrouvent de plus en plus souvent vent debout contre ceux-là mêmes qui leur permettent, soit de s’exprimer, soit d’être entendus. Il suffit en effet qu’un Google ou un Facebook retouche d’un iota leur façon de gérer les données personnelles de leurs utilisateurs, et la curée, le scandale, est mondial.

On est au coeur du paradoxe de la vie privée : d’un côté, les internautes ne cessent de s’exprimer sur le Net, de l’autre, ils ont une peur bleue des conséquences que cela peut avoir pour leur propre vie privée.

De même que le sexe ne se réduit pas à des atteintes aux bonnes moeurs, non plus qu’à de la pornographie, ou de la prostitution, le fait de s’exprimer sur le Net ne se réduit pas au commerce des données personnelles, à de l’exhibitionnisme pas plus qu’à des atteintes à la vie privée.

On n’a jamais eu autant besoin de vie privée

Prenons le problème par la racine, à savoir les adolescents, cette génération dite des “natifs du numérique” parce qu’ils ont tout le temps grandi avec, sinon dedans. On entend souvent dire d’eux qu’ils n’auraient plus de notion de vie privée, qu’elle serait dépassée. C’est doublement inexact.

D’une part parce que, dans toute l’histoire de l’humanité, on n’avait jamais autant débattu de cette notion de “vie privée” que ces dernières années. D’autre part parce que les adolescents en particulier, et les internautes en général, font précisément grand cas de leur vie privée, même s’ils en ont une conception quelque peu différente de ceux qui n’ont pas grandi avec Google, Facebook, MySpace et MSN.

Comme le souligne danah boyd, chercheuse ès médias sociaux, “la vie privée n’est pas une technologie binaire que l’on peut allumer ou éteindre” :

“La vie privée renvoie au fait de pouvoir contrôler la situation, de pouvoir contrôler quelle information va où, et d’avoir la possibilité d’en réajuster le flux de manière appropriée lorsque l’information déborde ou va trop loin. Les gens se préoccupent de leur vie privée parce qu’ils ont peur d’en perdre le contrôle.”

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Un hacker piraté par les médias

Les mots ont un sens. Pourtant, il arrive souvent que certains perdent leur signification, à force de détournements, de propagande et d’abus. C’est souvent le cas avec le mot hacker, très souvent confondu avec cracker, celui qui casse des systèmes de sécurité. En France, on fait souvent l’amalgame avec pirate. De même que je n’aime pas les analogies foireuses comme « prise d’otage » pour parler de grèves, je trouve que l’analogie de pirate est assez mauvaise. C’est d’autant plus le cas qu’en fait, hacker, ça n’a rien à voir.

Richard Stallman, le hacker vaillant du Logiciel libre explique à ce propos

You can help correct the misunderstanding simply by making a distinction between security breaking and hacking–by using the term « cracking » for security breaking. The people who do it are « crackers ». Some of them may also be hackers, just as some of them may be chess players or golfers; most of them are not.

La confusion est d’autant plus dommage que la notion de hacker est primordiale, un vrai enjeu technologique selon Tristant Nitot. En effet, que serait le Web ou l’Internet, sans cette caractéristique, la « bidouillabilité » (hackability en anglais) véritable source de libertés et d’innovations ?

Heureusement, au-delà de la communauté libriste, d’autres contribuent à réhabiliter le sens du mot hacker comme le journaliste Jean-Marc Manach (@manhack) qui met en lumière leur rôle primordial dans un monde contrôlé par la technologie, dans un article du Monde Diplomatique, Les « bidoulleurs » de la société de l’information.

Malheureusement, pour le grand public, le hacker reste confondu avec le pirate. En vérité, à chaque fois que cet amalgame tout à fait déplacé se produit, c’est toute la communauté hacker qui est piratée par les médias. Dernier exemple en date, Matt Lee.

Matt Lee est un hacker qui remplit bien le stéréotype que le grand public doit s’en faire, c’est-à-dire… il est barbu. Matt Lee est très actif à la FSF aux États-Unis ainsi que dans divers projets GNU, notamment Libre.FM et GNU Social.

Il y a trois ans, au Chaos Communications Camp à Berlin, Matt est pris en photo. Sans une quelconque autorisation, la photo accède à un diaporama du Guardian. Jusque là, rien de mal. Bon évidemment, il y a le droit à l’image… mais je ne pense pas qu’il y avait de problème. Sauf que, il y a deux jours, la photographie a été utilisée par un autre journal, espagnol cette fois-ci.

Le problème est que l’article en question, n’a rien à voir avec ce que fait Matt.

Desmantelada una red de 13 millones de ordenadores ‘zombies’

Voilà notre gentil hacker, transformé en méchant pirate, passant ses heures perdues à infester les ordinateurs de pauvres gens sous Windows, pour les mettre à contribution pour inonder notre cher réseau Internet de Spams et autres nuisances en tout genre.

Qui est le pirate dans l’histoire ?