Publié en mai 2010

Infrastructures numériques

Un petit dessin de XKCD qui touche en plein dans le mille :-)

XKCD.com
Infrastructures (cliquer sur l’image pour agrandir)

2003:

« As-tu reçu mon essai ?
— Oui, il était bien ! Mais c’était un .doc ; tu devrais vraiment utiliser un format plus ouvert…
— Commence par nous lâcher un peu. Peut-être qu’on veut juste vivre nos vies et utiliser du logiciel qui fonctionne, sans être impliqué dans votre stupide guéguerre de geek.
— C’est juste que je veux que les gens se soucient des infrastructures que nous construisons et qui…
— Non, tu veux juste te sentir supérieur. Tu n’as aucun sens de l’avenir et tu es probablement autiste. »

2010:

« Ô mon dieu ! On a abandonné le contrôle de notre monde social à Facebook et ils font vraiment des trucs méchants !
— Tu vois cela ?

C’est le violon libre (open-source) le plus petit du monde. »

Ce dessin est publié sous licence non-commerciale.

Perspectives sur WebM, Google & H264

Hier, de nouvelles ambitions pour la vidéo sur le Web ont vu le jour. C’est officiel, Google publie un nouveau standard ouvert pour la vidéo. WebM est un conteneur pour le web, qui utilise le codec video VP8 et le codec audio Vorbis. Le conteneur est basé sur Matroska, un autre standard ouvert pour le multimédia.

Tout d’abord, voyons ce que cela change pour le Web et pour HTML5. Bien que techniquement, WebM ait encore des progrès à faire, il s’agit indéniablement d’un grand pas en avant. VP8 est un codec relativement nouveau et prometteur. Il est opérationnel : WebM est d’ores et déjà implémenté par Mozilla Firefox, Google Chromium et Opera du côté navigateurs; supporté par l’industrie pour l’accélération matérielle.

Avec des acteurs d’un tel poids, inutile de préciser : c’est un gros pavé dans la marre. Évidemment, H.264 et Theora vont en souffrir et avec YouTube, Google dispose presque d’une arme de destruction massive pour imposer de facto son standard — de la même manière que YouTube a massivement contribué à l’hégémonie de Flash pour la vidéo sur Internet ces dernières années.

Donc là où WebM change la donne par rapport à Theora, c’est d’une part sur la performance technique et d’autre part grâce au soutien immédiat et large dont il bénéficie. La bataille avec H.264 s’annonce rude. Mais je suis vraiment optimiste.

Qu’est-ce qui a changé dans le rapport de force ? Jusqu’ici, s’opposaient:

  • H.264 — standard fermé, breveté notamment par Apple et Microsoft, dont l’utilisation des brevets nécessite le versement de redevances au MPEG-LA
  • Theora — standard ouvert, dont l’utilisation des brevets est libre de droits et implémenté par Firefox, Opera et Chrome déjà.

Alors, qu’est-ce qui a pu pousser Google à libérer VP8 ? Pour saisir toute l’importance de la question, rappelons que pour cela Google a fait l’acquisition de On2 Technologies, pour la somme de 106,5 millions de dollars. Qu’est-ce qui peut justifier un tel geste ? Après tout, il existe déjà H.264. Google aurait pu se permettre d’en rester là.

Apple et Microsoft s’en sont contentés, bien qu’ils clament ne pas avoir de réel intérêt économique à être licencié du MPEG-LA qui collectent les redevances de H.264.

Mais Google ne vient pas du même monde que Apple et Microsoft, leurs stratégies sont assez différentes. Il ne faut jamais oublier que Google vient avant tout du monde du Web et qu’une partie importante de son modèle économique est alimentée par le Web comme plateforme. D’ailleurs si on voit les autres annonces faites pendant le Google I/O, on remarquera qu’avec leurs nouvelles APIs et Wave, Google tente de devenir la plateforme centrale du Web.

C’est là, la différence majeure avec Apple et Microsoft. La plateforme de Microsoft, c’est Windows, et celles de Apple, iTunes et Apple Store.

Qu’est-ce que WebM a à voir là-dedans ? Principalement, un standard fermé comme H.264 est trop restrictif pour permettre le développement d’une plateforme Web. C’est d’ailleurs une des raisons motivant le passage à HTML5. Google veut que tous puissent se connecter à leur plateforme, quelque soit leur logiciel, quelque soit leur outil. Google veut être omniprésent sur le Web et surtout ne pas avoir à dépendre d’un intermédiaire, c’est une des raisons motivant le développement de Android pour les mobiles et de Chrome OS pour les netbooks : étendre encore les points d’entrée vers sa plateforme Web. Car c’est là le cœur de son activité et de ses revenus, notamment avec AdSense.

À l’opposé de ce modèle économique Web, Apple et Microsoft sont davantage dans une logique industrielle. Ils font du logiciel propriétaire, c’est-à-dire qu’ils veulent contrôler la plateforme (contrairement à Android, iPhone OS n’est pas libre) et contrôler le canal de distribution (c’est le succès de iTunes et de Apple Store). Or, pour contrôler le canal de distribution efficacement, il est plus facile de contrôler le format notamment de manière à éviter une concurrence trop multiple. C’est la grosse différence entre H.264 et les standards ouverts comme Theora et WebM. L’un est dans une logique d’industriels: on joue seulement entre géants; l’autre est dans une logique Web. La différence substantielle est que dans le premier cas, on a créé une exclusivité aux dépens des autres.

Or les répercussions sont importantes en matière de liberté d’expression. Dans le premier modèle, on voit bien que seuls sont amenés à s’exprimer ceux qui se soumettent aux conditions posées par Apple par exemple — avec toutes les conséquences en matière de censure que cela contient. D’autre part dans le premier modèle, le logiciel libre est exclu ou désavantagé.

Reste la question : que vont faire les licenciés du MPEG-LA, supporteurs de H.264 pour riposter ? La question des brevets est épineuse. Ce sera pour une prochaine fois, à suivre.

Qu’est-ce qu’Internet ? par Benjamin Bayart, président de FDN

Médialab SciencesPo / Libertés Numériques

Internet est un système primordial dans notre société. Sans accès à Internet, la liberté d’expression ne peut être complète. De plus, il a été un moteur de croissance économique et d’innovation sans précédent.

Mais comment les changements inaugurés par ce « réseau des réseaux » peuvent-ils être expliqués ? Quelle est la nature d’Internet qui nous permet de comprendre les bouleversements qu’il apporte ?

C’est devant la nécessité de répondre à cette question, notamment au devant des multiples débats politiques et des législations le concernant, que l’association Libertés Numériques de Sciences Po a organisé un cycle de trois conférences en avril et en mai. L’objectif était notamment d’amener un bagage technique et un point de vue pertinent sur Internet, afin de contribuer au débat.

French Data Network, le plus ancien FAI en France

Qui mieux que Benjamin Bayart pouvait réussir cet exercice de vulgarisation scientifique ? Expert en télécommunications et grand connaisseur d’Internet et du Logiciel libre, Benjamin Bayart est aussi président de French Data Network, fournisseur d’accès à internet associatif depuis 1992. Il est notamment à l’origine du concept de Minitel 2.0 qui dénonce un usage du réseau et du Web à l’opposé des dynamiques propres à un Internet libre.

Je tiens à remercier Sylvain, Léo et Pierre de Libertés Numériques, qui ont organisé ce cycle de conférence. Également, il faut remercier le médialab de Sciences Po qui nous a soutenu et Andrews Junior Kimbembe qui a réalisé les superbes affiches.

Donc ci-dessous, vous pouvez visionner et télécharger les 3 conférences (de environ 2 heures chacune). Évidemment, j’utilise entièrement des standards Web, donc les vidéos sont au format Theora. Si vous n’êtes pas familier avec ce format, vous pouvez consulter Wikipédia. Enfin les téléchargements nécessitent un logiciel pair-à-pair torrent tel que Transmission (GNU/Linux & Mac OS X) ou Vuze (Windows & autres).

Suite au trafic trop important généré par la lecture des vidéos, j’ai supprimé leur diffusion ici. Vous pouvez toujours télécharger les conférences par Torrent ou avec les miroirs — ou alors si vous avez une solution d’hébergement peu coûteuse avec un trafic supérieur à 1 TB par mois, je suis preneur !

Le réseau de transport


Qu'est-ce que l'Internet, partie 1

Télécharger la vidéo : format Theora, Vidéo + diapos, torrent

Pour bien comprendre, il faut bien avoir en tête le vocabulaire. Si vous n’êtes vraiment pas familier avec les réseaux, vous pouvez peut être consulter Wikipédia au préalable : Routeur, Client-serveur, Adresse IP

Les applications du réseau


Qu'est-ce que l'Internet, partie 2

Télécharger la vidéo : format Theora, Vidéo + diapos, torrent

Les impacts politiques et sociétaux


Qu'est-ce que l'Internet, partie 3

Télécharger la vidéo : format Theora, Vidéo + diapos, torrent

Merci à Makoto pour les vidéos ré-encodés.

Quand Facebook viole le secret de la correspondance privée

Capture d'écran facebook

Censure (cliquer pour agrandir)

Voilà, désormais Facebook exerce un filtrage sur sa messagerie interne (sorte de service d’email) afin de censurer des comportements qui ne lui plaisent pas (ici, l’envoi d’un lien vers un site de partage de fichiers).

L’objet de ce court billet n’est pas de discuter de l’illégalité du partage de fichiers, ni de déterminer si cette activité est répréhensible jusqu’à des mesures telles que la coupure de l’accès à Internet (outil sans lequel la liberté de publication, d’expression et d’information ne peut pas être complète).

Plutôt, je veux poser cette question : est-il de la responsabilité de Facebook de surveiller (dans le but de censurer) vos messages privés ?


À retrouver sur l’excellent Blog Wired « Epicenter ».

Conférence : Qu’est ce qu’Internet ? Impacts sur la société, conséquences politiques

Ce soir, l’association Libertés Numériques conclut son cycle de trois conférences données par Benjamin Bayart sur le thème « Qu’est-ce qu’Internet ? »

Cette semaine, l’objectif est de conclure sur les impact sociétaux d’internet, ses conséquences politiques de manière interactive avec des invités. Neutralité du Net, Impact politique de la centralisation d’internet, impact politique du poids de Google et Facebook. Autant de questions abordées ce soir.

L’entrée est libre !

Date: mardi 4 mai
Heure: 19h15
Lieu: Sciences Po, amphi Albert Caquot, 28 rue des Saints Pères, Paris

Lettre ouverte à Steve Jobs (et réponse de Jobs)

Retrouver l’original sur mon blog à la FSFE, en anglais.

Cher Steve Jobs,

Ayant lu vos Pensées sur Flash, je ne pouvais pas être d’accord davantage avec vous. Flash n’est pas le Web et je suis heureux de voir Apple saisir l’opportunité offerte par les standards ouverts pour concevoir de meilleurs produits pour leurs clients.

Mais je ne suis pas si sûr de votre définition du mot Ouvert en général. Je ne vais pas ici arguer qu’il est ironique que vous trouviez l’Apple Store plus ouvert que Flash. Je ne me plaindrai pas non plus que vous aimez tellement l’Ouverture que lorsque vous utilisez du logiciel « Open Source » pour construire votre système d’exploitation Mac vous gardez toute l’ouverture pour vous et ne la partagez pas avec vos clients, ni avec les développeurs dont le travail vous a été très utile.

Je trouvais qu’écrire une lettre ouverte était une façon appropriée de vous rappeler quelques petites choses que vous pouvez avoir oubliées — peut-être de bonne foi — à propos des standards ouverts.

Il est vrai que HTML5 est un standard ouvert émergent et je suis content que vous l’ayez adopté (enfin, aviez-vous réellement le choix de toute façon?). Cependant je dois dire que je suis impressionné par la manière avec laquelle vous avez réussi à dire combien Apple faisait pour les standards ouverts contre Flash… tout en expliquant que la vidéo sur Flash n’est pas un problème parce que Apple implémente un autre codec vidéo, H.264.

Puis-je vous rappeler que H.264 n’est pas un standard ouvert? Ce codec vidéo est couvert par des brevets et les producteurs ainsi que les utilisateurs commerciaux de vidéos qui utilisent H.264 doivent payer des redevances pour les licences de brevet sur la technologie. C’est pourquoi Mozilla Firefox et Opera n’ont pas adopté ce codec vidéo pour leur implémentation de HTML5, et qu’ils ont décidé de choisir Theora comme alternative ouverte et durable.

La Free Software Foundation Europe contribue à créer le consensus et à améliorer la compréhension des Standards Ouverts depuis quelques années déjà. je suis sûr que nous serions heureux d’aider Apple à prendre la bonne décision. Donc pour commencer voici la définition:

Est entendu par Standard Ouvert un format ou protocole qui est :

  1. sujet à la pleine appréciation du public, libre de toute contrainte d’utilisation et accessible sans discrimination à toutes les parties ;
  2. dénué de tout composant ou extension dépendant de formats ou protocoles qui ne répondent pas eux-mêmes à la définition d’un Standard Ouvert ;
  3. affranchi de toute clause légale ou technique qui limite son utilisation pour un utilisateur donné ou une situation commerciale donnée ;
  4. administré et développé indépendemment de tout fournisseur dans un processus ouvert, sans discrimination à la participation des concurrents et des tierces parties ;
  5. disponible sous différentes implémentations complètes réalisées par des fournisseurs concurrents, ou sous une seule implémentation complète accessible sans discrimination à toutes les parties.

Hugo Roy
April 2010


La réponse de Steve Jobs (sources du courriel)

De : Steve Jobs
À : Hugo Roy
Sujet : Re: Open letter to Steve Jobs: Thoughts on Flash
Date : Fri, 30 Apr 2010 06:21:17 -0700

Tous les codecs vidéo sont couverts par des brevets. Un groupe de brevets [patent pool] est en train d’être assemblé pour poursuivre Theora et d’autres codecs « open source » maintenant. Malheureusement, juste parce que quelque chose est open source, ne signifie ou ne garantit pas qu’il n’enfreint pas les brevets des autres. Un standard ouvert [open standard] est différent d’être libre de droits [royalty-free] ou open source.

Envoyé depuis mon iPad