Entretien paru dans le magazine Linux Pratique Essentiel, Octobre 2011 ⚓

J’ai répondu aux questions d’Aline Hof à l’occasion d’un entretien paru dans le numéro 22 du magazine Linux Pratique Essentiel, page 14.

-Peux-tu nous présenter ton parcours ?

Je suis étudiant à Sciences Po depuis 2007, actuellement en année de césure avant de terminer un master en droit économique, spécialité droit d’auteur, droit des brevets et droit des marques. On peut dire que mon intérêt pour la matière vient assez directement de ma passion pour le Logiciel Libre et la technologie, suscitée très largement par les écrits de Richard Stallman.

-Peux-tu rappeler brièvement à nos lecteurs ce qu’est la FSFE ? Quels sont ses liens avec la Free Software Foundation ?

La FSFE est une organisation indépendante et à but non lucratif qui œuvre en faveur de la liberté dans la société de l’information. Bien entendu le Logiciel Libre est un élément clé de cette métamorphose. Notre action se concentre sur trois piliers pour influencer ce changement : la sensibilisation du public, la sphère politique et institutionnelle, et le droit. Porter le message du Logiciel Libre au plus grand nombre est important, notamment au-delà des milieux techniques, c’est un message positif et porteur de progrès qui est nécessaire. C’est aussi pour cela que nous influençons les prises de décision et que nous travaillons avec les institutions politiques pour promouvoir les intérêts des utilisateurs et des développeurs de logiciels libres. Cela passe entre autres par plus de concurrence, l’adoption de standards ouverts, ainsi qu’une meilleure interopérabilité. Enfin pour les questions juridiques, la FSFE aide les projets et les développeurs dans leurs choix de licences et d’autres questions, par exemple les cessions de droits d’auteur. Nous avons un savoir-faire précieux dans ce domaine, notamment puisque nous administrons le plus grand réseau juridique d’experts du Logiciel Libre. Heureusement nous ne sommes pas le seul groupe ! La FSFE est une organisation-sœur — bien qu’indépendante financièrement — de la FSF américaine. Nous travaillons en vertu des mêmes principes, disons que la FSFE promeut le libre à la sauce européenne :-) Nous sommes d’ailleurs un groupe divers, avec des nationalités et des cultures différentes.

-Comment en es-tu venu à t’impliquer au sein de celle-ci et quel est ton rôle au sein de cette organisation ?

J’ai découvert l’organisation par son action dans le procès de Microsoft contre l’Union Européenne. Mais je connaissais peu la FSFE. J’ai commencé à m’impliquer un peu en 2008. Puis lorsque je cherchais un stage pour ma 3e année d’étude, j’ai naturellement pensé à envoyer ma candidature, attiré par sa diversité culturelle et le côté à la fois politique et juridique. Depuis, j’ai décidé de continuer mon engagement bénévolement. Je coordonne les activités de la FSFE en France, ce qui inclut les traductions, mais aussi construire des ponts avec la communauté, en participant aux évènements comme les RMLL ou la braderie de Lille. Depuis mars, les Fellows m’ont aussi élu pour les représenter à l’Assemblée générale. Enfin, je suis resté très actif dans l’équipe juridique de la FSFE et je coordonne notamment la publication de la Revue internationale de droit du logiciel libre (http://ifosslr.org).

-Quels sont les projets actuellement suivis par la FSFE ?

Nous arrivons bientôt au terme de la campagne pour les lecteurs PDF libres. On voit souvent sur des sites publics et institutionnels des mentions du type « pour lire nos documents PDF, il faut télécharger . . . » un logiciel propriétaire. C’est absurde puisque le PDF est un standard ouvert et qu’il existe de nombreux lecteurs libres. Or les sites publics ont une responsabilité. Nous nous sommes dit : si on pouvait remplacer ou rajouter à côté de chacune de ces publicités déguisées une mention en faveur du Logiciel Libre, ce serait une bonne chose ! Alors on a organisé une sorte de chasse aux bugs et nous avons contacté ces institutions pour leur faire part de nos préoccupations. Ça a plutôt bien marché. Je crois que l’exemple le plus parlant est celui de la ville de Hamburg : http://www.hamburg.de/adobe (traduction http://ur1.ca/4zp10 ) Avec les élections, il y a aussi une campagne « Demandez à vos candidats », qui est reproduite dans plusieurs pays à l’occasion. L’April le fait aussi très bien en France avec Candidats.fr Concernant les sujets plus techniques, l’une de nos préoccupations stratégiques majeures concerne le développement de systèmes distribués, pour des logiciels et des réseaux autonomes et intelligents plutôt que des systèmes centralisés. Nous travaillons d’ailleurs à faire de cela l’une des priorités du prochain programme-cadre de recherche de l’Union Européenne. Enfin, nous suivons beaucoup l’actualité des brevets, l’un des sujets chauds du moment pour notre liberté logicielle. Nous avons travaillé avec les autorités de la concurrence sur les grosses transactions récentes (Novell, Nortel, etc.). Et à plus long terme, c’est aussi une réforme du système européen de standardisation que nous encourageons.

-À côté de ton implication au sein de cette organisation, tu es également le co-fondateur de l’association Libertés Numériques, peux-tu nous en dire plus (membres, actions, etc.) ?

Nous organisons et animons la vie et le débat numérique à SciencesPo auprès des étudiants. Libertés Numériques (http://www.libertesnumeriques.net/ ) est un noyau dur d’une dizaine d’étudiants. Depuis trois ans, nous organisons débats, conférences (comme le cycle de conférences de Benjamin Bayart sur l’Internet), et évènements liés au libre. Pour la mi-octobre, nous mettons sur pied une conférence de Richard Stallman. Nous rédigeons également de la documentation (sous licence libre) spécifique à Sciences Po pour aider nos camarades à mieux exploiter les outils de Sciences Po, notamment avec des outils libres.

-Avec les réseaux sociaux, des services de cloud computing, les débats actuels concernant la neutralité du Web…, comment imagines-tu l’avenir d’Internet ?

L’Internet est devenu l’outil majeur de la liberté d’expression aujourd’hui. Cela a notamment été rendu possible parce qu’il est construit, à sa base et dans ses applications, en majorité par des logiciels libres et des standards ouverts. Nous devons préserver cette liberté qui a fait de l’Internet une source d’innovations sans précédent. Et le Logiciel Libre sera crucial, car il donne le contrôle à l’utilisateur et que c’est de là que vient l’innovation. Mais bien sûr, ce n’est pas le seul élément. Notamment, la neutralité du net est fondamentale : sans elle, nous irons progressivement vers un réseau où il faudra demander la permission à quelqu’un pour pouvoir innover. C’est contraire au contexte qui fit germer le logiciel libre et le Web. Je pense que l’avenir d’Internet passe par les systèmes distribués qui respectent le caractère privé des données personnelles tout en tirant avantage des réseaux. Mais il faut absolument lutter contre le cloisonnement des réseaux et pour cela, nous avons besoins de standards ouverts.

-Et l’utilisation de GNU/Linux et de logiciels libres dans tout cela ?

J’utilisais le système d’exploitation qui été lié à la vente de mon ordinateur auparavant, jusqu’au jour où j’ai décidé d’installer Ubuntu, puisqu’il fournissait déjà tous les logiciels libres que j’utilisais. Je suis passé progressivement à Debian depuis. Mais là je voulais essayer un peu Gnome 3 donc j’ai installé Fedora. J’aime beaucoup Gnome 3, mais je préfère Debian à Fedora !

-Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Ce sont des bénévoles et des passionnés qui emmènent la FSFE toujours plus loin. C’est grâce à vous que nous pouvons faire tout cela. Si vous voulez nous rejoindre ou contribuer de votre temps, vous pouvez jeter un coup d’œil sur http://fsfe.org/contribute/contribute.fr.html