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Google Buzz, départ manqué et vie privée

Google a lancé cette semaine son nouveau produit, Google Buzz. On y voit sans conteste une tentative de faire de l’ombre à Facebook et il faut dire que Google a les atouts pour le concurrencer. Évidemment, avec tous les services Google que les gens utilisent, ça fait un paquet d’informations à partager. Interconnectez le tout, ajoutez un nom piqué à Yahoo! et un logo à la Google et vous obtenez Google Buzz.

Je dois dire que l’outil lui-même souffre encore de quelques imprécisions (notamment, comment est-ce que j’y partage automatiquement les billets de mon blog?) mais je dois dire que techniquement, c’est pas mal du tout. J’aime bien notamment cette capacité à tout centraliser (compte Twitter, photos Flickr et la ribambelle de services Minitel 2.0), couplé avec des protocoles et APIs ouverts, ça a du potentiel.

Mais évidemment, comment ne pas rater plus magistralement le lancement de son produit? Les problèmes de vie privée ont été au cœur des commentaires – et à juste titre. Rendre public par défaut la liste des abonnés publique, c’est-à-dire montrer à tout le monde avec qui vous échangez le plus de mails privés faut-il le rappeler; et aussi partager ces informations sans votre consentement, mais par défaut… on pouvait difficilement faire plus maladroit.

Les premières victimes n’ont pas tardé à se faire entendre. (Lire notamment F*ck you, Google, où la bourde de Google a des conséquences très très dommageable pour cette personne). Correction: la page est désormais bloquée, donc pour savoir de quoi il était question, lire l’article du Guardian.

Alors évidemment, Google est largement responsable. Les courriels échangés via Gmail relèvent de la correspondance privée. Il ne viendrait jamais à l’idée de Google de publier les destinataires de vos courriels, c’est pourtant ce qu’ils ont fait maladroitement avec Buzz et la liste par défaut des abonnés (sans compter le partage automatique des contenus détenus par d’autres services Google, comme Reader, que cela impliquait).

Le magazine Wired, tient désormais un sondage intitulé « What Buzzeth you About Google Buzz? » sorte de top50 des erreurs et des fautes de Google.

Cependant, j’aimerais quand même rappeler quelque chose… notamment à la lecture de cette réponse (numéro 3) du sondage :

Breach of Trust
by Anonymous

I am a lawyer. The names of clients, witnesses, investigators, and expert witnesses are all confidential, and Google just breached the trust that my clients have in me to keep ALL of their information confidential. I signed up for email. Not social networking. We can no longer trust Google. They do not appreciate our privacy. Lawyers must immediately cease using Google provided services since they breach our client’s privacy.

Premièrement, je trouve l’attitude de cet avocat plutôt maladroite. Il a la confiance de ses clients, ses témoins et des enquêteurs etc. et qu’a-t-il fait de la responsabilité qui lui incombe de protéger leur confidentialité? Il a donné l’entière responsabilité de cette tâche à Google. J’aimerais connaître les raisons qui peuvent l’amener à faire confiance à Google. Ça me rappelle l’histoire de ce trafiquant d’arme belge, arrêté notamment via les courriels qu’il échangeait sur Gmail. C’est cocasse.

Car si encore Gmail n’était que votre facteur, je peux comprendre que vous fassiez confiance à Google comme facteur. Après tout, vous devez faire de même avec la Poste. Mais que vous lui laissiez toutes les données, tous vos courriers et toutes les informations qu’ils contiennent… La confiance implique le principe de mutualité. Quelle mutualité y a-t-il entre vous et le géant Google?

Deuxièmement, le courrier c’est une chose… mais Buzz centralise et partage, interconnecte en quelque sorte toutes les données que vous confiez à Google. Et c’est là le drame, certains se rendent compte de la masse d’informations faramineuse qu’ils ont confiée et qui ne sont pour Google qu’à la portée de quelques clics et modifications, et tout ça sans aucun contrôle possible de votre part (ou si peu).

Je pense qu’en ce qui concerne les problèmes de vie privée, le pouvoir de nuisance de Google n’est que le pouvoir que nous, utilisateurs, voulons bien lui donner, en abandonnant non seulement nos données, mais aussi notre propre responsabilité de protéger notre vie privée; une responsabilité qui incombe à tous et dont les répercussions se font sentir dans toute la société.

Enfin, pendant ce temps-là chez Facebook, on va aussi sur le terrain de Google. En dévoilant un peu plus leur application de messagerie instantanée, ils se rapprochent de Google Talk. Pour finir sur une note positive, ça nous fait encore plus de personnes qui utilisent XMPP/Jabber. Bonne nouvelle.

Suivre les débats sur la loi LOPPSI

En ce moment à l’Assemblée nationale est examinée la loi LOPPSI (Orientation et Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure), pot-pourri de mesures sécuritaires et liberticides avec entre autres au menu : censure de l’internet par filtrage (sur décision du ministère de l’intérieur) et vidéosurveillance.

Officiellement, on parle de « combattre le fléau de la pédo-pornographie sur l’internet » et de « vidéoprotection». C’est ce qu’on appelle les miracles du novlangue mélangé avec l’efficacité avérée de la propagande classique.

Pour suivre un peu les débats, voici quelques pistes

Voir les séances en direct à l’Assemblée nationale

Ça se passe sur le site de l’assemblée nationale. Le plus simple est d’ouvrir dans votre lecteur vidéo favori : rtsp://a384. [...] mp4/fluxh264live1.sdp

Les « gazoullis »

Vous pouvez aussi suivre ce qui se dit sur twitter, mais il y a beaucoup de choses plus intéressantes sur identi.ca #loppsi. Pour savoir en bref ce qui se passe dans les tribunes de l’Assemblée, il y a l’excellent groupe Regards Citoyens qui publie sur son site un compte-rendu en direct.

La Quadrature du Net

Enfin, lisez le dossier et les communiqués de presse des citoyens de la Quadrature du Net sur le sujet. N’oubliez pas que leur action n’existe que grâce à notre soutien.

Assister aux débats à l’Assemblée

Si vous êtes sur Paris, n’hésitez pas à essayer d’assister aux débats, c’est très enrichissant.
Les détails: Comment assister aux débats par DeputésGodillots.Info

Une manière de voir la « propriété intellectuelle »

manièredevoir_internet
Quelques citations du numéro de Manière de voir consacré à la révolution culturelle qu’est Internet.

La bibliothèque universelle, de Voltaire à Google, Robert Darnton

Cette confiance dans le pouvoir émancipateur des mots est inscrite dans le premier chapitre de la Constitution américaine, qui subordonne les droits d’auteur — reconnus seulement « pour une durée limitée » — au principe supérieur du « progrès de la science et des arts utiles ». Les Pères fondateurs reconnaissent le droit des auteurs à obtenir une juste rétribution pour leur travaill intellectuel, mais soulignent la prééminence de l’intérêt général sur le profit individuel.

[...]

En 1790, le premier Copyright Act — conçu lui aussi pour « encourager l’éducation » — s’inspirait du modèle britannique en adoptant une période de quatorze ans renouvelable une seule fois.

Sur quelle durée s’étend le copyright de nos jours ? Selon la loi de 1998, le Sonny Bono Copyright Extension Term Act (appelée aussi « Loi Mickey » car le personnage fétiche de Disney menaçait alors de tomber dans le domaine public), le droit d’auteur s’applique à une œuvre aussi longtemps que son auteur est en vie, puis encore soixante-dix ans après sa mort.

[...]

Passer des grands principes proclamés par les Pères fondateurs aux mœurs de l’industrie culturelle d’aujourd’hui, c’est tomber du ciel des Lumières dans le marigot du capitalisme global. Si l’on utilisait la sociologie du savoir pour examiner les temps présents — à la manière de Bourdieu —, on constaterait que nous vivons dans un monde régi par Mickey.

La propriété intellectuelle, c’est le vol, Joost Smiers

Rosemary Coombes décrit la contradiction qui devrait être résolue : « La culture n’est pas fixée dans des concepts abstraits que nous intériorisons, mais dans la matérialité de signes et de textes pour lesquels nous nous battons, et dans la trace de ces luttes dans notre conscience. Cette négociation et cette lutte en cours sur le sens sont au cœur du dialogue. Beaucoup d’interprétations des lois sur la propriété intellectuelle étouffent le dialogue en affirmant le pouvoir de la corporation des acteurs de contrôler le sens, en faisant appel au concept abstrait de propriété. Les lois de la propriété intellectuelle privilégient le monologue au dialogue et créent des différentiels de pouvoir importants entre acteurs sociaux engagés dans une lutte hégémonique. »


À cette occasion, je pense que la (re)lecture de l’essai de Richard Stallman sur la notion même de « propriété intellectuelle » est éclairante.

Vous avez dit «Propriété intellectuelle» ? Un séduisant mirage, Richard Stallman, GNU.org

C’est devenu à la mode de décrire le copyright, les brevets, et les marques déposées comme « propriété intellectuelle ». Cette mode n’est pas apparue par accident — le terme déforme et rend confus systématiquement ces problèmes, et son utilisation a été et est soutenue par ceux qui profitent de cette confusion. Quiconque souhaite réfléchir clairement à une de ces lois ferait bien de rejeter le terme.

Selon le Professeur Mark Lemley, exerçant actuellement à la Stanford Law School, l’utilisation très répandue du terme « propriété intellectuelle » est une mode suivie depuis la création en 1967 de l’Organisation mondiale de la « propriété intellectuelle », et est devenue réellement courante depuis ces dernières années. (L’OMPI est formellement une organisation des Nations Unies, mais elle représente en fait les intérêts des détenteurs de copyrights, de brevets et de marques déposées).

Un effet du terme est la distorsion qu’il n’est pas difficile de voir : il suggère de penser au copyright, aux brevets et aux marques déposées par analogie avec les droits de propriété pour les objets physiques. (Cette analogie est à l’opposé des doctrines de droit de la loi sur le copyright, de la loi sur les brevets, et de la loi sur les marques déposées, mais seuls les spécialistes le savent). Ces lois sont en fait peu semblables à la loi sur la propriété physique, mais l’utilisation de ce terme conduit les législateurs à les changer pour qu’elles en soient plus proches. Puisque c’est le changement voulu par les sociétés qui se servent des pouvoirs du copyright, des brevets et des marques déposées, ces sociétés ont œuvré pour mettre ce terme à la mode.

Ceux qui préféreraient juger ces problèmes sur leurs mérites devraient rejeter un terme biaisé pour en parler. Beaucoup m’ont demandé de proposer un autre nom pour la catégorie — ou m’ont proposé des alternatives eux-mêmes. Ces suggestions incluent IMP pour « Imposed Monopoly Privileges » (« Privilèges de monopoles imposés »), et GOLEM, pour « Government-Originated Legally Enforced Monopolies » (« Monopoles d’origine gouvernementale mis en application légalement »). Certains parlent de « régimes de droits exclusifs », mais assimiler des restrictions à des « droits » est biaisé aussi.

Certaines de ces substitutions seraient une amélioration, mais c’est une erreur de remplacer « propriété intellectuelle » par un autre terme. Un nom différent ne règlerait pas le problème plus profond de ce terme : la banalisation. Il n’existe pas de chose unifiée telle que la « propriété intellectuelle ». C’est un mirage, qui semble avoir une existence cohérente seulement parce que le terme le suggère.

Le terme « propriété intellectuelle » est un terme fourre-tout pour mêler des lois disparates. Les néophytes en droit qui entendent le terme « propriété intellectuelle » appliqué à diverses lois, tendent à croire qu’il y a plusieurs variations d’un principe commun, et qu’elles fonctionnent de manière similaire.

Rien n’est moins vrai.Ces lois produites séparément, ont évolué différemment, couvrent différentes activités, ont des règles différentes et soulèvent des problèmes de politique publique différents.

La loi sur le copyright a été conçue pour promouvoir les œuvres littéraires et l’art, et couvre les détails d’une œuvre littéraire ou artistique. La loi sur les brevets a été conçue pour encourager la publication d’idées, au prix d’un monopole limité sur ces idées — un prix nécessaire dans certains domaines et pas dans d’autres.

La loi sur les marques déposées n’était pas destinée à promouvoir une quelconque activité commerciale, mais seulement pour permettre aux acheteurs de savoir ce qu’ils achètent; cependant, les législateurs sous l’influence de la «propriété intellectuelle», l’ont modifiée en un schéma qui fournit des incitations à faire de la publicité.

Puisque ces lois ont été développées indépendamment l’une de l’autre, elles sont différentes dans chaque détail, comme dans leurs propos ou leurs méthodes de base. Par conséquent, si vous apprenez quelque chose sur la loi sur le copyright, vous feriez mieux de supposer que la loi sur les brevets est différente. Vous vous tromperez rarement de cette façon.

Les gens disent souvent « propriété intellectuelle » quand ils veulent vraiment qualifier une autre catégorie, plus étendue ou plus restreinte que la « propriété intellectuelle ». Par exemple, les pays riches imposent souvent des lois injustes aux pays pauvres pour leur extorquer de l’argent. Certaines sont souvent des lois sur la « propriété intellectuelle », mais pas toutes ; néanmoins, les gens utilisent souvent ce terme car il leur est devenu familier, et travestit la nature du problème. Il serait bien mieux d’utiliser un terme comme « colonisation législative » qui est au cœur du sujet et évite la dénaturation de son étendue.

Les hommes de loi ne sont pas les seuls à se méprendre sur ce terme. Même les professeurs de droit qui enseignent ces lois sont leurrés par le terme de « propriété intellectuelle » dans des déclarations générales qui sont en contradiction avec les faits qu’ils connaissent. Le terme les distrait d’utiliser leurs connaissances. Par exemple, un professeur a écrit en 2006 :

« Contrairement à leur descendants qui travaillent à l’OMPI, les fondateurs de la Constitution américaine avaient une attitude de principe pro-concurrentielle vis à vis de la propriété intellectuelle. Il savaient que des droits seraient peut-être nécessaires mais… ils ont lié les mains du Congrès, en restreignant son pouvoir de diverses manières ».

Cette affirmation se refère à l’article 1 clause 8 de la Constitution amèricaine qui autorise des lois sur les droits d’auteurs et des lois sur les brevets, mais cet article n’a rien à voir avec les lois sur les marques déposées. Le terme « propriété intellectuelle » a conduit ce professeur à une fausse généralisation.

Le terme « propriété intellectuelle » conduit également à une réflexion simpliste. Il amène les gens à se concentrer sur la portion congrue de ces lois disparates, qui est qu’elles ont créé des privilèges artificiels pour certaines parties, et à ignorer leur contenu — les restrictions spécifiques que chacune d’elles exercent sur le public, et les conséquences qui en résultent. Ceci encourage une approche « économistique » de tous ces problèmes.

L’économie, comme souvent, opère comme un véhicule pour des valeurs non examinées, comme par exemple, la quantité de production importe, alors que la liberté et le mode de vie non, et des postulats qui ne sont que très superficiellement vrais, comme par exemple, que le droit d’auteur aide les musiciens, ou que les brevets sur les médicaments aident la recherche à sauver des vies.

Pour celui qui a une vue générique, les problèmes spécifiques de la politique publique soulevés par la loi sur le droit d’auteur, et les problèmes, différents, soulevés par la loi sur les brevets ou toute autre loi, sont presque invisibles. Ces problèmes proviennent des spécificités de chaque loi — précisément ce que le terme « propriété intellectuelle » encourage les gens à ignorer. Par exemple, un problème relatif à la loi sur le droit d’auteur est de savoir si le partage de la musique devrait être autorisé. La loi sur les brevets n’a rien à voir avec ceci.Mais la loi sur les brevets soulève le problème de savoir si les pays pauvres devraient être autorisés à produire des médicament qui sauvent des vies et les vendre bon marché pour sauver des vies. La loi sur le droit d’auteur n’a rien à voir avec cela.

Aucun de ces problèmes n’est par nature seulement économique, et leurs aspects non-énonomiques sont très différents ; utiliser la sur-généralisation économique superficielle comme base pour les appréhender implique d’ignorer les différences. Mettre les deux lois dans le même pot de la « propriété intellectuelle » empêche d’avoir un raisonnement clair pour chacune d’elles.

Par conséquent, toute opinion à propos de « la question de propriété intellectuelle » est presque sûrement absurde. Si vous pensez que toutes ces lois ne sont qu’un même problème, vous aurez tendance à choisir vos opinions à partir d’une sélection de généralisations, dont aucune d’elles n’est bonne.

Si vous voulez réfléchir clairement au sujet des problèmes soulevés par les brevets, les copyrights ou les marques déposées, ou même apprendre ce que ces lois disent, la première étape est d’oublier l’idée de les mettre toutes dans le même panier, et de les traiter comme des sujets séparés. Si vous voulez écrire des articles qui informent le public et encourage à réfléchir clairement, traiter chacune de ces lois séparément; ne suggérez pas de généralisation à leur propos.

Et quand on en vient à la réforme de l’OMPI, entre autres commençons par changer son nom.

La reproduction exacte et la distribution intégrale de cet article est permise sur n’importe quel support d’archivage, pourvu que cette notice soit préservée.

Internet, révolution culturelle (Manière de voir, Le Monde Diplomatique)

Internet, révolution culturelle (Manière de voir)
Alors que beaucoup d’autres journaux réussissent à s’illustrer dans la médiocrité et le corporatisme dès lors qu’il s’agit d’aborder le débat de fond sur Internet (dernier exemple en date, deux éditoriaux du Monde et de Libération sur les conclusions du rapport Zelnick); c’est toujours avec grand plaisir que je lis les articles du Monde Diplomatique, pas si diplomatique que ça puisqu’il aborde les questions sans détours.

Toujours à la pointe d’une certaine forme de journalisme qui tend à disparaître, paraîtra en février une édition de Manière de voir consacrée à Internet. Ce sera donc l’occasion de relire quelques articles parus précédemment, disponibles en intégralité sur le site Web du Diplo : Wikipédia ou la fin de l’expertise, La bibliothèque universelle, de Voltaire à Google, ou encore Les « bidouilleurs » de la société de l’information par Jean-Marc Manach.

Le sommaire est accessible, ici. Enfin, pour accéder à l’intégralité de articles du Diplo sur le sujet : tag Internet.

Dans les reproches adressés à Internet, on décèle souvent autre chose qu’une inquiétude légitime devant les modes d’acquisition du savoir et de transmission de l’information : l’effroi que le magistère de quelques barons du commentaire touche à son terme. [...] Mais un jour, des sans-culottes ont débarqué avec leurs claviers…

Extrait de l’article, Notre Combat, par Serge Halimi.

La fin de la vie privée sur facebook

Enfin ! la vie privée devient sujets d’actualité et d’inquiétudes, dans un monde où chacun est suivi continuellement par des entreprises et par l’État. Avec une interconnexion croissante et l’échange d’information par les réseaux qui s’étend, nous pouvons potentiellement partager avec le monde entier, en toute transparence et instantanément, nos moindres faits et gestes. Internet étire désormais sa toile jusque dans nos téléphones portables.

Alors, forcément, ça crée des ruptures. Les conséquences se font sentir au-delà de la technologie, ce sont nos comportements qui changent. Aujourd’hui, on a tendance à tout partager, à tout montrer, à tout publier. Il semble que ma génération ait surpassé un certain complexe de la vie privée, de l’intimité.

Est-ce vraiment le cas ?

Peut être pas, car en dépit de ces nouvelles pratiques sociales sur le Web, la vie privée reste au centre des préoccupations. Les récents débats sur le droit à l’oubli révèlent que l’on commence à se poser des questions sérieuses sur l’avenir de ces données que nous « laissons traîner » volontairement sur Internet.

picture, big brother

Facebook, big brother ?

Ainsi, beaucoup s’insurgent contre la nouvelle politique de Facebook concernant la confidentialité. Mark Zuckerberg, fondateur et dirigeant de Facebook, vient même de déclarer

The Age of Privacy is Over
ReadWriteWeb

Alors, sur Facebook, point de vie privée. Tout est public. Moi, je jubile. C’est une très bonne nouvelle, mais beaucoup ne pensent pas comme moi.

Remettons-nous donc un peu dans le contexte. Début décembre, Facebook met à jour les options de vie privée, avec des nouveaux paramètres, par défaut largement moins “protecteurs vis-à-vis de la vie privée”. C’est-à-dire que beaucoup de choses qui auparavant étaient accessibles uniquement à un cercle restreint de relations (votre « liste d’amis »), se trouvent à la portée de tous. Quand on sait que la grande majorité des gens utilisent les paramètres par défaut, il y a de quoi se fâcher. Car en effet, une quantité phénomènale de données et d’informations qui étaient sur Facebook mais qui étaient destinées à rester privées, est soudainement rendue publique. Même les photos personnelles de Mark Zuckerberg étaient désormais accessibles à tous (et certainement pas par maladresse). Avec les nouveaux paramètres, notamment avec le « partage avec les amis d’amis », potentiellement tout ce qui est sur votre profil est visible par n’importe qui.

Oui, ça veut dire les photos de soirées que vous avez publiées, maintenant votre patron, votre professeur ou votre oncle les verront.

Alors comment en est-on arrivé là ? Qu’est-ce qui explique ce changement brutal ? Comment s’en sortir ?

La première erreur, ça a été de considérer en premier lieu qu’on pouvait parler de vie privée. Kaliya Hamlin se demandait : Peut-on encore parler de vie privée sur Facebook ?

Facebook est principalement un outil de partage. La grande différence avec d’autres outils de partage, comme Youtube qui partage des vidéos, c’est que le partage est focalisé non sur le contenu mais sur les individus. La façon dont s’y organisent les flux se focalise moins sur ce qui est dit que sur celui qui le dit et ceux à qui le message est destiné.

Néanmoins, cela ne change pas le fait que le contenu qui est partagé, est publié. Comme lorsque vous publiez une vidéo sur Youtube, ce que vous publiez sur Facebook est public. Alors à partir de là, toutes les discussions sur la vie privée ou sur la protection des données, est illusoire, contradictoire et un peu ridicule.

Par conséquent, certains ont parlé de trahison. Facebook aurait en quelque sorte rompu un accord tacite qu’il avait avec ses utilisateurs. En effet, beaucoup de personnes ont commencé à utiliser Facebook en pensant que c’était un outil, non pas de publication, mais un outil pour communiquer avec des personnes proches, des amis, ou les membres d’un réseau relativement restreint. Dans l’esprit de départ, effectivement, c’était un peu ça, car il s’agissait essentiellement d’un réseau d’étudiants. Donc la sensibilité des données était moindre. Vos photos de soirées étudiantes, au final cela vous importe peu que tous les autres étudiants de votre université puissent les voir, puisque de toute façon ils y étaient certainement.

Alors qu’est-ce qui explique ce changement brutal ? Eh bien, cela vient du fait que vous ne contrôlez pas Facebook. C’est un site web avec, derrière, des intérêts commerciaux. D’ailleurs, il n’y a pas forcément des gens sans arrières pensées et la motivation va au-delà de la simple recherche de profit… Ce qu’il faut retenir, c’est que les gens qui ont utilisé Facebook dans une optique compatible avec le respect de leur vie privée, se sont trompés. Techniquement, la vie privée a besoin d’un certain nombre d’encadrements que la loi notamment est là pour faire respecter. Par exemple, la loi française protège la correspondance privée. C’est-à-dire que ce que vous échangez par courrier ou par email, relève de la correspondance privée et que par conséquent ni La Poste, ni votre fournisseur de messagerie, n’ont le droit de violer cette correspondance. Plus précisément, ils n’ont pas le droit de lire vos courriers et ils n’ont pas le droit de les modifier. D’ailleurs, pourquoi mettez-vous une enveloppe lorsque vous envoyez une lettre ? C’est là une mesure technique que vous prenez, afin de protéger votre correspondance privée.

Sur Internet, les même règles s’appliquent. La loi s’applique également. Mais le problème, c’est que tout le monde a oublié de prendre les précautions techniques qui s’imposaient pour protéger sa vie privée. Pourquoi personne n’utilise « d’enveloppe » virtuelle pour ses courriers électroniques ? Vous rendez-vous compte que chaque email que vous envoyez peut potentiellement être lu par de multiples intermédiaires ? Il existe des précautions techniques que vous pouvez prendre.

Sur Facebook, ces précautions techniques pouvaient exister. Mais elles étaient illusoires. Puisque vous ne les contrôlez pas. En effet, les données publiées sur votre profil sont stockées sur des serveurs aux États-Unis. D’ailleurs quand vous supprimez une photographie qui était sur Facebook, il s’avère que le temps écoulé entre votre demande et le moment où la photo est effectivement supprimée est très long. Le fait est que vous n’avez aucun moyen de le vérifier. Confier la protection de votre vie privée à des paramètres informatiques que vous ne contrôlez pas, et qui sont contrôlés par une entreprise dont le business se base sur vos données, cela n’a pas de sens. Vous ne pouvez pas faire confiance à Facebook pour le respect de votre vie privée.

C’est pourquoi, si on continue à penser qu’il peut y être question de vie privée, on continue à être dans l’erreur et à se confronter potentiellement à des problèmes à chaque fois que Facebook décidera d’appliquer des changements à la politique de confidentialité, ou aux conditions d’utilisation, etc.

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C’est d’autant plus probable, que Facebook cherche à faire de l’argent, et n’y est pas encore parvenu. Mon sentiment là-dessus est que Facebook doit s’ouvrir encore un peu plus, aller davantage vers le tout public, en sorte il faut que Facebook se rapproche de Twitter s’il veut capter plus d’information, plus d’audience, plus de pertinence, plus de contenu… et donc certainement plus de revenus publicitaires.

D’autre part, cette préoccupation soudaine pour la vie privée m’apparaît bien ridicule pour deux raisons. La première est que si à cette heure, il fallait dresser un bilan des menaces de notre vie privée, je ne placerais certainement pas Facebook en priorité… Il y a le fichage des citoyens (parfois illégal) par l’État, et quant au profilage des consommateurs, je pense que votre banque peut en connaître un rayon sur vous rien qu’avec votre carte bleue. La deuxième raison, c’est que cette inquiétude soudaine est en totale inadéquation avec les comportements. Supposons que par défaut, vos publications sur Facebook restent accessibles uniquement à vos « amis ». Étant donné que la plupart des personnes qui utilisent fréquemment Facebook ont au minimum 150 amis, on ne peut pas vraiment parler d’informations privées.

Alors pour terminer, comment s’en sortir ? Mon conseil c’est de toujours bien garder à l’esprit que ce qu’on publie est public et que sur Internet, tout ce que vous ne contrôlez pas, est définitivement hors de votre portée. Le réseau n’oubliera rien. Il faut apprendre à maîtriser ce que l’on publie, et surtout garder ce qui est intime hors du Web public. Il n’est pas impossible de partager vos photos avec vos amis. Vous n’êtes pas obligés de passer par Facebook pour cela. Vous pouvez envoyer ces photos par pièce jointe par mail, vous pouvez les envoyer par votre messagerie instantanée (avec Jabber de préférence).

Et il faut accepter les règles du jeu. Entrer sur un réseau social de publication à la Facebook, Twitter, Identi.ca, c’est accepter de devenir un individu à l’intérieur de ce système, qui comme tout objet social, peut faire l’étude d’analyse, voire intéresser des entreprises pour y faire du marketing. C’est un espace public, votre vie privée n’a rien à y faire. Acceptez les règles du jeu, poussez-vos paramètres vers toujours davantage de publicité et vous verrez, vous profiterez pleinement de Facebook.


This log was also translated in English and published on my blog at Free Software Foundation Europe.

Envoyer un courrier électronique, quelques règles – 1

Courriel à plusieurs personnes

Si une information est à transmettre par courriel à plusieurs personnes qui ne se connaissent pas forcément entre elles, leur adresse électronique n’est pas mise en destinataire direct, mais en « copie cachée » (Bcc ou Cci) afin d’éviter, d’une part, qu’une personne réponde à tous les destinataires en pensant ne répondre qu’à une personne et surtout, d’autre part, la propagation de virus ou vers par exemple à travers les contacts enregistrés parfois par défaut par les logiciels de gestion de courrier électronique.

Attention : beaucoup d’utilisateurs pensent à tort que Cc = copie cachée : c’est faux. En fait, Cc = « copie carbone » ou « carbon copy ». Et Bcc = « blind carbon copy » est l’équivalent de Cci = copie carbone invisible

La copie cachée vous permet également d’envoyer un courriel à tous ou certains de vos contacts sans diffuser votre carnet d’adresses sur Internet (ce qui pourrait, à juste titre, être considéré comme une faute grave par votre employeur dans le cas d’un fichier clients). Bcc : est aussi très utile pour éviter la diffusion d’adresses électroniques dont les polluposteurs sont très friands.

De même, certains utilisateurs ne souhaitent pas que leur adresse électronique soit diffusée en dehors de leurs correspondants habituels. Il est donc normal de respecter a priori une certaine confidentialité pour tous. Laisser apparaître des listes d’adresses électroniques dans les en-têtes ou dans le corps des messages, c’est comme si, sur un courrier postal collectif, on inscrivait adresse et téléphone de tous les destinataires au dos de toutes les enveloppes !

En résumé, mettez tous vos destinataires en Bcc: pour les courriels externes à votre entreprise. N’utilisez que A: et Cc: dans les courriels destinés à une seule personne, un groupe très restreint de personnes qui se connaissent ou si le courriel est destiné uniquement à des collègues (Bcc: ne sert en aucun cas à mettre son supérieur en copie d’un message envoyé à un collègue, sinon vous risquez des problèmes de confiance…)


Source: Wikipédia – La Nétiquette