liberté numérique

La fin de la vie privée sur facebook

Enfin ! la vie privée devient sujets d’actualité et d’inquiétudes, dans un monde où chacun est suivi continuellement par des entreprises et par l’État. Avec une interconnexion croissante et l’échange d’information par les réseaux qui s’étend, nous pouvons potentiellement partager avec le monde entier, en toute transparence et instantanément, nos moindres faits et gestes. Internet étire désormais sa toile jusque dans nos téléphones portables.

Alors, forcément, ça crée des ruptures. Les conséquences se font sentir au-delà de la technologie, ce sont nos comportements qui changent. Aujourd’hui, on a tendance à tout partager, à tout montrer, à tout publier. Il semble que ma génération ait surpassé un certain complexe de la vie privée, de l’intimité.

Est-ce vraiment le cas ?

Peut être pas, car en dépit de ces nouvelles pratiques sociales sur le Web, la vie privée reste au centre des préoccupations. Les récents débats sur le droit à l’oubli révèlent que l’on commence à se poser des questions sérieuses sur l’avenir de ces données que nous « laissons traîner » volontairement sur Internet.

picture, big brother

Facebook, big brother ?

Ainsi, beaucoup s’insurgent contre la nouvelle politique de Facebook concernant la confidentialité. Mark Zuckerberg, fondateur et dirigeant de Facebook, vient même de déclarer

The Age of Privacy is Over
ReadWriteWeb

Alors, sur Facebook, point de vie privée. Tout est public. Moi, je jubile. C’est une très bonne nouvelle, mais beaucoup ne pensent pas comme moi.

Remettons-nous donc un peu dans le contexte. Début décembre, Facebook met à jour les options de vie privée, avec des nouveaux paramètres, par défaut largement moins “protecteurs vis-à-vis de la vie privée”. C’est-à-dire que beaucoup de choses qui auparavant étaient accessibles uniquement à un cercle restreint de relations (votre « liste d’amis »), se trouvent à la portée de tous. Quand on sait que la grande majorité des gens utilisent les paramètres par défaut, il y a de quoi se fâcher. Car en effet, une quantité phénomènale de données et d’informations qui étaient sur Facebook mais qui étaient destinées à rester privées, est soudainement rendue publique. Même les photos personnelles de Mark Zuckerberg étaient désormais accessibles à tous (et certainement pas par maladresse). Avec les nouveaux paramètres, notamment avec le « partage avec les amis d’amis », potentiellement tout ce qui est sur votre profil est visible par n’importe qui.

Oui, ça veut dire les photos de soirées que vous avez publiées, maintenant votre patron, votre professeur ou votre oncle les verront.

Alors comment en est-on arrivé là ? Qu’est-ce qui explique ce changement brutal ? Comment s’en sortir ?

La première erreur, ça a été de considérer en premier lieu qu’on pouvait parler de vie privée. Kaliya Hamlin se demandait : Peut-on encore parler de vie privée sur Facebook ?

Facebook est principalement un outil de partage. La grande différence avec d’autres outils de partage, comme Youtube qui partage des vidéos, c’est que le partage est focalisé non sur le contenu mais sur les individus. La façon dont s’y organisent les flux se focalise moins sur ce qui est dit que sur celui qui le dit et ceux à qui le message est destiné.

Néanmoins, cela ne change pas le fait que le contenu qui est partagé, est publié. Comme lorsque vous publiez une vidéo sur Youtube, ce que vous publiez sur Facebook est public. Alors à partir de là, toutes les discussions sur la vie privée ou sur la protection des données, est illusoire, contradictoire et un peu ridicule.

Par conséquent, certains ont parlé de trahison. Facebook aurait en quelque sorte rompu un accord tacite qu’il avait avec ses utilisateurs. En effet, beaucoup de personnes ont commencé à utiliser Facebook en pensant que c’était un outil, non pas de publication, mais un outil pour communiquer avec des personnes proches, des amis, ou les membres d’un réseau relativement restreint. Dans l’esprit de départ, effectivement, c’était un peu ça, car il s’agissait essentiellement d’un réseau d’étudiants. Donc la sensibilité des données était moindre. Vos photos de soirées étudiantes, au final cela vous importe peu que tous les autres étudiants de votre université puissent les voir, puisque de toute façon ils y étaient certainement.

Alors qu’est-ce qui explique ce changement brutal ? Eh bien, cela vient du fait que vous ne contrôlez pas Facebook. C’est un site web avec, derrière, des intérêts commerciaux. D’ailleurs, il n’y a pas forcément des gens sans arrières pensées et la motivation va au-delà de la simple recherche de profit… Ce qu’il faut retenir, c’est que les gens qui ont utilisé Facebook dans une optique compatible avec le respect de leur vie privée, se sont trompés. Techniquement, la vie privée a besoin d’un certain nombre d’encadrements que la loi notamment est là pour faire respecter. Par exemple, la loi française protège la correspondance privée. C’est-à-dire que ce que vous échangez par courrier ou par email, relève de la correspondance privée et que par conséquent ni La Poste, ni votre fournisseur de messagerie, n’ont le droit de violer cette correspondance. Plus précisément, ils n’ont pas le droit de lire vos courriers et ils n’ont pas le droit de les modifier. D’ailleurs, pourquoi mettez-vous une enveloppe lorsque vous envoyez une lettre ? C’est là une mesure technique que vous prenez, afin de protéger votre correspondance privée.

Sur Internet, les même règles s’appliquent. La loi s’applique également. Mais le problème, c’est que tout le monde a oublié de prendre les précautions techniques qui s’imposaient pour protéger sa vie privée. Pourquoi personne n’utilise « d’enveloppe » virtuelle pour ses courriers électroniques ? Vous rendez-vous compte que chaque email que vous envoyez peut potentiellement être lu par de multiples intermédiaires ? Il existe des précautions techniques que vous pouvez prendre.

Sur Facebook, ces précautions techniques pouvaient exister. Mais elles étaient illusoires. Puisque vous ne les contrôlez pas. En effet, les données publiées sur votre profil sont stockées sur des serveurs aux États-Unis. D’ailleurs quand vous supprimez une photographie qui était sur Facebook, il s’avère que le temps écoulé entre votre demande et le moment où la photo est effectivement supprimée est très long. Le fait est que vous n’avez aucun moyen de le vérifier. Confier la protection de votre vie privée à des paramètres informatiques que vous ne contrôlez pas, et qui sont contrôlés par une entreprise dont le business se base sur vos données, cela n’a pas de sens. Vous ne pouvez pas faire confiance à Facebook pour le respect de votre vie privée.

C’est pourquoi, si on continue à penser qu’il peut y être question de vie privée, on continue à être dans l’erreur et à se confronter potentiellement à des problèmes à chaque fois que Facebook décidera d’appliquer des changements à la politique de confidentialité, ou aux conditions d’utilisation, etc.

picture, big brother

unknown

C’est d’autant plus probable, que Facebook cherche à faire de l’argent, et n’y est pas encore parvenu. Mon sentiment là-dessus est que Facebook doit s’ouvrir encore un peu plus, aller davantage vers le tout public, en sorte il faut que Facebook se rapproche de Twitter s’il veut capter plus d’information, plus d’audience, plus de pertinence, plus de contenu… et donc certainement plus de revenus publicitaires.

D’autre part, cette préoccupation soudaine pour la vie privée m’apparaît bien ridicule pour deux raisons. La première est que si à cette heure, il fallait dresser un bilan des menaces de notre vie privée, je ne placerais certainement pas Facebook en priorité… Il y a le fichage des citoyens (parfois illégal) par l’État, et quant au profilage des consommateurs, je pense que votre banque peut en connaître un rayon sur vous rien qu’avec votre carte bleue. La deuxième raison, c’est que cette inquiétude soudaine est en totale inadéquation avec les comportements. Supposons que par défaut, vos publications sur Facebook restent accessibles uniquement à vos « amis ». Étant donné que la plupart des personnes qui utilisent fréquemment Facebook ont au minimum 150 amis, on ne peut pas vraiment parler d’informations privées.

Alors pour terminer, comment s’en sortir ? Mon conseil c’est de toujours bien garder à l’esprit que ce qu’on publie est public et que sur Internet, tout ce que vous ne contrôlez pas, est définitivement hors de votre portée. Le réseau n’oubliera rien. Il faut apprendre à maîtriser ce que l’on publie, et surtout garder ce qui est intime hors du Web public. Il n’est pas impossible de partager vos photos avec vos amis. Vous n’êtes pas obligés de passer par Facebook pour cela. Vous pouvez envoyer ces photos par pièce jointe par mail, vous pouvez les envoyer par votre messagerie instantanée (avec Jabber de préférence).

Et il faut accepter les règles du jeu. Entrer sur un réseau social de publication à la Facebook, Twitter, Identi.ca, c’est accepter de devenir un individu à l’intérieur de ce système, qui comme tout objet social, peut faire l’étude d’analyse, voire intéresser des entreprises pour y faire du marketing. C’est un espace public, votre vie privée n’a rien à y faire. Acceptez les règles du jeu, poussez-vos paramètres vers toujours davantage de publicité et vous verrez, vous profiterez pleinement de Facebook.


This log was also translated in English and published on my blog at Free Software Foundation Europe.

Souhaitons-nous une société d’illettrés numériques ou une société libre ?

J’ai écris il y a deux semaines un bref billet, Of Democracy and Hacking sur le blog que je tiens à la Free Software Foundation Europe. À l’origine c’était un brouillon, une petite idée. Je me suis dit, je vais la poster et puis lorsque j’aurai le temps, je continuerai à développer l’idée et à l’améliorer. Et puis il y a quelques jours Glyn Moody le signale sur son µblog (identi.ca et twitter). Du coup, l’audience s’est élargie considérablement :) Jusqu’à ce que les traducteurs du Framablog y consacrent un billet – copié ci-dessous.

Du coup ça donne une situation assez cocasse où j’écris en anglais un petit billet de blog vite-fait, qui se retrouve traduit en français et que je relis pour améliorer la traduction!

Bonne lecture. (N’hésitez pas à recopier/modifier ce contenu, il est sous licence libre évidemment).

Framablog

On peut s’extasier béatement devant les prétendues capacités technologiques de la nouvelle génération, née une souris dans la main, et baptisée un peu vite les « digital natives ».

Mais si il ne s’agit que de savoir manier de nouveaux objets, sans conscience, sans recul, et sans compétence ni curiosité pour en soulever les capots, alors nous ne mettons peut-être en danger.

Or, parmi ces nouveaux objets, il y a les logiciels, dont tout le monde aura noté la place croissante qu’ils occupent dans nos sociétés actuelles. Nous écarterons d’autant plus facilement ce danger que nous serons toujours plus nombreux à accorder de la valeur à la liberté des logiciels.

C’est la thèse que défend ici Hugo Roy en évoquant, par analogie avec la démocratie, une approche systémique de la situation.

PS : Pour l’anecdote, il s’agit d’une traduction que nous avons entamé sans savoir qu’Hugo Roy était français de langue maternelle. Du coup c’est la première fois qu’on se retrouve avec une traduction relue par l’auteur même de l’article d’origine !

Logiciel Libre, Société Libre : À propos de la Démocratie et du Hacking

Hugo Roy – 8 novembre 2009 – Blog de la FSFE

(Traduction Framalang : Gilles Coulais et Hugo Roy)

Lorsqu’on explique pourquoi le logiciel libre est important, une question revient souvent :

« Ai-je réellement besoin de la liberté du logiciel ? »

L’utilité de la liberté du logiciel n’est pas évidente pour tous. Tout le monde n’est pas capable de comprendre le code source d’un programme, et ils sont encore moins nombreux à pouvoir le modifier. Seuls les hackers et les développeurs peuvent en effet jouir pleinement des quatre libertés d’un logiciel libre. Il est alors difficile de convaincre quelqu’un d’abandonner le logiciel propriétaire pour le simple bénéfice de la liberté, tant qu’il ne comprend pas l’utilité de cette liberté.

Il est essentiel de penser ce problème non pas comme un simple engagement envers la liberté, mais plus comme un problème de systèmes.

Tout d’abord, ne pas jouir d’une liberté n’implique pas pour autant qu’on ne bénéficie pas des effets de cette
liberté. L’analogie la plus évidente ici sont les systèmes politiques. La Constitution est à la souveraineté ce que la licence des logiciels libres est au droit d’auteur. La Constitution qui définit notre système politique donne à chaque citoyen des libertés et des droits, tel que le droit de se porter candidat à une élection.

Tout le monde peut se présenter à une élection, ce qui ne signifie pas pour autant que tout le monde le fera. Tout le monde n’a pas la compétence ou l’envie de devenir politicien. Cela étant, diriez-vous que la démocratie n’a aucune importance juste parce que vous ne souhaitez pas personnellement entrer en politique ? Je crois que le plupart des gens ne dirait pas cela.

C’est la même chose avec le logiciel libre. Chacun peut utiliser, partager, étudier ou améliorer le programme. Mais le fait que vous ne le ferez pas ne doit pas vous amener à penser que ce n’est pas important pour vous. C’est important pour le système lui-même. Et plus le système devient important, plus cette liberté prend de la valeur.

À moins, bien sûr, que vous ne partiez du principe que le logiciel n’est pas important, et par conséquent son degré de liberté également. Mais alors, je suggère que vous éteigniez votre ordinateur et que vous arrêtiez de me lire. Prenez un avion et passez le reste de votre vie sur une île déserte.

Regardons maintenant de plus près l’utilité de la liberté logicielle. Alors que de plus en plus de logiciels sont utilisés dans notre société pour faire toujours davantage, nous devrions être de plus en plus nombreux à être capables de comprendre le logiciel. Sauf à vouloir donner à certains un contrôle total sur vous-même. Et alors les autres façonneront le système à votre place, en vue d’obtenir toujours plus de pouvoir au sein de ce système.

C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de démocratiser le hacking. Et cette démocratisation viendra naturellement si le logiciel libre est largement utilisé. Donnez aux gens la possibilité d’étudier et d’explorer quelque chose, et ils finiront par le faire, au moins par curiosité, de la même manière que l’Imprimerie a donné aux gens la volonté d’être capable de lire puis d’écrire. Il s’agit évidemment d’un long processus. Mais ce processus peut s’avérer beaucoup plus long si nous utilisons du logiciel propriétaire, un logiciel que vous ne pouvez ni lire, ni modifier, ni partager.

Souhaitons-nous une société d’illettrés numériques ou une société libre ?

Le droit à l’oubli numérique abordé au Forum de la Gouvernance de l’Internet

Je suis abasourdi par la rapidité avec laquelle le débat sur le « droit à l’oubli » numérique progresse. La semaine dernière ce n’était encore qu’un petit atelier à Sciences Po. Puis je découvre que c’est en fait une proposition de loi française. Mais comme évidemment toutes ces questions de régulations sont peu efficaces à l’échelle nationale, la ministre du numérique, NKM, a plaidé sa cause au niveau international lors du Forum de la Gouvernance de l’Internet qui se tenait en Égypte.

J’ai lu le bref discours que notre ministre y a tenu. On peut notamment y lire ceci,

Au Etats-Unis, 35% des recruteurs déclarent avoir éliminé des candidats pour cause de propos ou de photos sur Internet jugés déplacés. En France, 78% des jeunes de 18 à 24 ans, qui sont pourtant les plus enclins à dévoiler des pans de leur intimité sur Internet, jugent que la protection de la vie privée y est insuffisante.

Cela fait bien évidemment référence à ce que les jeunes publient sur les sites comme facebook.

D’un côté on parle de photos ou de propos publiés sur un site, de l’autre on parle d’intimité, et de protection de la vie privée qui serait insuffisante.

Mais comment peut-on se plaindre que ce qui est publié mette à nu l’intimité de son auteur ?! C’est complètement surréaliste ! Si demain je publie un livre, je dois assumer mes propos, et ce même dans quelques années. Mais je ne peux pas me plaindre que ce que j’écris dans ce livre mette à nu mes opinions, mes idées. C’est même le but de publier !

Je maintiens que ce droit à l’oubli est une très mauvaise idée qui passe à côté du vrai problème. L’enjeu pour moi doit être défini comme cela,

  • ce que les gens publient sur Internet est public.
    • S’ils publient avec un site ou un service qui ne leur garantit pas le contrôle de ce qu’ils publient, alors il faut tout de même instaurer un contrôle minimum sur ces sites pour respecter la volonté de l’auteur (cette problématique est adressée par la loi informatique et liberté, mais devrait être renforcé notamment à l’international)
    • C’est pourquoi le mieux est de publier avec des services dans lesquels on peut avoir confiance, sur lequels on exerce un véritable contrôle.
    • Exemple: je veux publier quelque chose mais je ne veux pas pour autant que Google le référence. Si je publie moi-même je peux garantir que Google ne référence pas ma publication.
  • Ce qui est intime et relève de la vie privée doit rester privé et n’a pas vocation à être publié. Les outils et services que vous utilisez doivent vous garantir le contrôle et la protection de cette intimité et des données personnelles. Le mieux pour cela est d’utiliser des Logiciels libres et des services réseaux décentralisés (comme Jabber pour la messagerie instantanée).
    • Exemple: vos données personnelles n’ont rien à faire sur facebook, qui est un site de publication. Votre correspondance privée n’a rien à faire sur facebook, surlequel vous n’avez aucune garantie ni aucun contrôle. Votre courrier est une donnée personnelle, c’est la correspondance privée et sa protection est garantie par la loi.

# Pour en savoir plus sur qu’est ce droit à l’oubli en substance, consultez le compte-rendu du député Lionel Tardy.

Oublions vite cette mauvaise idée

L’atelier sur le droit à l’oubli et sa proposition de loi attachée ont commencé à créer le débat sur le Web et dans les médias. Évidemment, je n’ai pas pu assister à l’atelier (mais j’attends bien le compte-rendu de mes camarades de Libertés Numériques !) mais j’ai pu en suivre la trame grâce aux personnes présentes dans la salle qui lâchaient leurs commentaires sur twitter et sur identi.ca.

Ça confirmait ce que je pensais. Ce droit à l’oubli est une mauvaise idée, à côté de la plaque, qui créera plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait. D’ailleurs le débat était effectivement mal posé et beaucoup de questions m’ont semblé totalement incompréhensibles et hors-sujet.

nk_m:
#oubli. Question de la salle a Google: « moi je voudrais surtout pouvoir effacer mon nom du moteur de recherche ». 10:37 AM Nov 12th

La solution est simple pourtant… Ne jamais perdre le contrôle de ce qu’on publie. Si cette personne veut pouvoir continuer à utiliser Internet pour communiquer tout en préservant un niveau d’intimité maximal (donc être épargné par les recherches Google), elle n’a qu’à utiliser des moyens privés et personnels (sa messagerie instantanée décentralisée, son serveur de courrier électronique) et lorsqu’elle publie quelque chose sur le Web, le faire sur son propre site en précisant que Google ne doit pas le référencer (c’est faisable facilement avec une balise http meta à l’indication des robots qui indexent les pages).

Malheureusement je soupçonne cette personne, s’il s’agit d’un étudiant, de vouloir être supprimée des résultats de Google, parce qu’une recherche avec son nom envoie vers… son compte facebook.

Bref, j’espère que cette mauvaise idée sera très vite oubliée et qu’à la place, on se concentrera sur la réflexion pour

  • améliorer le cadre législatif déjà établi (loi informatique et liberté) notamment au niveau européen
  • éduquer les gens avec l’utilisation du Web et sensibiliser sur l’importance du contrôle de ses données (autant que du contrôle de son logiciel). Et pour ça, le logiciel libre a des qualités indéniables.

Enfin, plutôt que de blâmer Google, n’est-il pas plus intelligent de se demander ce que fait un cadre de Microsoft à une conférence consacrée à la protection des données personnelles ? Un élément de réponse en image où Microsoft informe que “des informations personnelles seront peut-être accidentellement envoyées”.

Le « droit à l’oubli » est-il possible sur le réseau ?

Jeudi matin se tiendra dans à SciencesPo un atelier présenté par Nathalie Kosciusko-Morizet qui questionnera l’idée d’un droit à l’oubli sur Internet, alors que deux sénateurs viennent de déposer une proposition de loi.

Avec l’essor des réseaux sociaux, on peut publier et partager ses informations de plus en plus facilement sur le Web, y compris des données personnelles : photos de vacances, vidéo de la dernière soirée, situation amoureuse, opinions…

Cela provoque plusieurs interrogations, notamment quant à l’utilisation de ces données par les sites Web. À ce titre, le tollé qu’ont suscité les modifications des conditions d’utilisation de facebook a posé le problème de la légalité du service vis-à-vis de la problématique de l’utilisation commerciale et de la conservation des données (réglementée en France par la loi informatique et libertés, que la CNIL se charge d’appliquer).

À l’évidence, étant donné le caractère personnel des informations recueillies, savoir quel est leur devenir est crucial. Difficile d’assumer face à son employeur l’activité du profil facebook recensée quelques années auparavant quand on était étudiant. Dans cette situation, le droit à l’oubli permettrait de faire supprimer ces données indésirables, un peu comme par magie (ou comme le « trou de mémoire » de 1984).

Le programme de l’atelier pose la question,

Existe-t-il des solutions techniques permettant de faire table rase de son passé numérique ?

Malheureusement, je dois avouer que je vois mal comment un tel droit à l’oubli pourrait fonctionner concrètement. D’une part, la pratique est déjà réglementée par la loi informatique et libertés. Nous avons déjà des droits que nous pouvons exercer sur la détention de ces données. Qu’apporterai un droit à l’oubli supplémentaire ?

D’autre part, la notion d’oubli numérique n’est-elle pas simplement utopique, le réseau peut-il oublier ? Je pense que non. C’est pourquoi il n’existe pas de solutions techniques pour faire table rase de son passé numérique. La magie ne se trouve pas de ce côté là. Il semble donc que le droit à l’oubli se trouve à la fois dans une impasse législative et une impasse technique.

En fait je pense que le problème est mal posé. Car si déjà la loi en vigueur pouvait être appliquée convenablement pour éviter le fichage illégal ou abusif (que ce soit par des sites web, des entreprises privées ou publiques, ou par l’État), une partie des inquiétudes quant aux « traces » disparaitrait.

Le contrôle des données

Pour autant, je ne dirai pas que la vie privée est un problème de vieux cons.

Il est souhaitable que les citoyens puissent être en mesure de savoir quelles informations les concernant sont détenues et quelle est leur utilisation. Cela est déjà garanti.

Le problème alors est que chacun ne peut avoir que très peu d’influence sur la manière dont le contrôle est exercé sur ses propres données. Lorsqu’on s’inscrit à facebook, on doit nécessairement accepter les règles du jeu proposées par facebook. Et si on les refuse, on s’exclut du réseau facebook. Le contrôle qu’exerce facebook sur les données personnelles – tant qu’il reste dans le cadre de la légalité – dépend entièrement du bon vouloir de facebook.

Si demain facebook change ses conditions d’utilisation, ses dizaines de millions d’utilisateurs seront-ils prêts à quitter le réseau et à perdre toutes les données qu’ils y ont publié ? Au fur et à mesure, facebook détient de plus en plus de photos, mais aussi des flux, des connexions qui lient les utilisateurs et énormément d’autres données de valeur aux yeux de l’utilisateur.

Mais même sans imaginer cette hypothèse, dans l’état actuel des choses, comment s’exerce le contrôle ? Il est totalement central et géré par facebook. D’ailleurs, quand vous voulez oublier une information publiée sur facebook et que vous cliquez sur « Supprimer », qu’est-ce qui prouve que l’information a effectivement était supprimée des serveurs de facebook et de ses bases de données ? Il apparaît au contraire qu’une photographie supprimée sur facebook est gardée par facebook.

Quelle solution ?

Il faut que chacun prenne en main le contrôle de ses propres données et saisisse la différence entre ce qui est privé sur le réseau, et ce qui est public.

Ce qui est à caractère personnel sur le réseau, ce qui relève de la vie privée, n’a pas vocation à être publié. Si on veut partager quelque chose de cette nature sur le réseau, il faut impérativement le faire tout en gardant le contrôle de ses données.

Lorsqu’on envoie ses photos de soirées par email à ses amis, les photos sont stockées sur son ordinateur et sur l’ordinateur des destinataires. Éventuellement, ils peuvent utiliser un serveur de messagerie en ligne, mais leur contrôle sur les données est ultime (notamment parce que la correspondance privée est très protégée).

Mais sur un site comme facebook, on ne peut pas considérer qu’il s’agit de correspondance privée car c’est un site essentiellement public – même s’il faut s’y inscrire et même si on peut avoir des options de restrictions de publication. Ainsi, si je poste ces mêmes photos de soirées sur facebook pour que mes amis puissent les voir, je ne peux pas me plaindre si trois ans après elles me causent un tort. Ce ne sera pas la faute de facebook, ce ne sera pas non plus la faute à Internet.

La solution est donc de privilégier des outils avec lesquels chacun garde le contrôle de ses données personnelles. C’est impossible avec des services Minitel 2.0.

Affiches de campagne – association Libertés Numériques

On continue notre campagne. Cette fois-ci, sur le terrain avec nos nouvelles affiches. (Cliquez pour agrandir)
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