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Frank Zappa, influence dans la culture du logiciel libre ?

Zappa Picture
unkown
Frank Zappa et son Synclavier

Outre le fait que Frank Zappa était un homme d’affaires brillant et qu’il ne fait aucun doute à mes yeux qu’il aurait totalement abordé la révolution culturelle engendrée avec internet (je reviendrai éventuellement là-dessus… il a dit beaucoup de choses très intéressantes au sujet de la distribution de la musique) — il apparaît qu’on pourrait aussi entrevoir son influence culturelle dans la communauté du logiciel libre. C’est ce que décrit Robin Miller dans Frank Zappa Influence’s on Linux.

And all this Zappa stuff has what, exactly, to do with Linux? Zappa may have been as much of an influence on Linux and FOSS development as LSD was on Apple, although the Zappa influence on Linux isn’t thought about as much as the Apple-counterculture connection.

Il explique aussi plus loin,

Is “Yellow Snow” specifically about Adobe? Or, as long-time Linux hardware builder and hosting service owner Joe Volodarsky asserts, about all proprietary software companies?

I have heard Joe sing this song while assembling custom computer systems (and loading them with Linux). He’s the kind of guy who has a whole server dedicated to his MP3 collection, and a large part of that collection is Zappa stuff.

But Joe is not just a system builder. He is also an amateur philospher who has been working with Linux since the days when he had to write his own drivers more often than not to produce workable systems for his high-end customers. And this is why he can say, with total authority, that Zappa’s “Dinah-Moe Hummm” is totally about Linux, at least in spirit, while the song “Montana” with its talk of zirconium-encrusted tweezers and dental floss, “is obviously about Mac users.”

Et là je dois dire que ça m’a bien fait rire… c’est un peu tiré par les cheveux évidemment, mais le message s’applique un peu aussi :-)

Et puis je dois avouer que je me suis totalement reconnu… ayant moi aussi mon propre serveur avec ma collection de musiques, avec énormément de Frank Zappa dedans! D’ailleurs à ce propos, si vous êtes intéressés, il existe un très bon site de partage de bootlegs (qui a un accord plus ou moins officiel — je n’ai pas trop pigé — avec le Zappa Family Trust).

Zappateers, tracker de torrents Frank Zappa, bootlegs, etc. (inscription nécessaire pour l’utiliser)

Infrastructures numériques

Un petit dessin de XKCD qui touche en plein dans le mille :-)

XKCD.com
Infrastructures (cliquer sur l’image pour agrandir)

2003:

« As-tu reçu mon essai ?
— Oui, il était bien ! Mais c’était un .doc ; tu devrais vraiment utiliser un format plus ouvert…
— Commence par nous lâcher un peu. Peut-être qu’on veut juste vivre nos vies et utiliser du logiciel qui fonctionne, sans être impliqué dans votre stupide guéguerre de geek.
— C’est juste que je veux que les gens se soucient des infrastructures que nous construisons et qui…
— Non, tu veux juste te sentir supérieur. Tu n’as aucun sens de l’avenir et tu es probablement autiste. »

2010:

« Ô mon dieu ! On a abandonné le contrôle de notre monde social à Facebook et ils font vraiment des trucs méchants !
— Tu vois cela ?

C’est le violon libre (open-source) le plus petit du monde. »

Ce dessin est publié sous licence non-commerciale.

Perspectives sur WebM, Google & H264

Hier, de nouvelles ambitions pour la vidéo sur le Web ont vu le jour. C’est officiel, Google publie un nouveau standard ouvert pour la vidéo. WebM est un conteneur pour le web, qui utilise le codec video VP8 et le codec audio Vorbis. Le conteneur est basé sur Matroska, un autre standard ouvert pour le multimédia.

Tout d’abord, voyons ce que cela change pour le Web et pour HTML5. Bien que techniquement, WebM ait encore des progrès à faire, il s’agit indéniablement d’un grand pas en avant. VP8 est un codec relativement nouveau et prometteur. Il est opérationnel : WebM est d’ores et déjà implémenté par Mozilla Firefox, Google Chromium et Opera du côté navigateurs; supporté par l’industrie pour l’accélération matérielle.

Avec des acteurs d’un tel poids, inutile de préciser : c’est un gros pavé dans la marre. Évidemment, H.264 et Theora vont en souffrir et avec YouTube, Google dispose presque d’une arme de destruction massive pour imposer de facto son standard — de la même manière que YouTube a massivement contribué à l’hégémonie de Flash pour la vidéo sur Internet ces dernières années.

Donc là où WebM change la donne par rapport à Theora, c’est d’une part sur la performance technique et d’autre part grâce au soutien immédiat et large dont il bénéficie. La bataille avec H.264 s’annonce rude. Mais je suis vraiment optimiste.

Qu’est-ce qui a changé dans le rapport de force ? Jusqu’ici, s’opposaient:

  • H.264 — standard fermé, breveté notamment par Apple et Microsoft, dont l’utilisation des brevets nécessite le versement de redevances au MPEG-LA
  • Theora — standard ouvert, dont l’utilisation des brevets est libre de droits et implémenté par Firefox, Opera et Chrome déjà.

Alors, qu’est-ce qui a pu pousser Google à libérer VP8 ? Pour saisir toute l’importance de la question, rappelons que pour cela Google a fait l’acquisition de On2 Technologies, pour la somme de 106,5 millions de dollars. Qu’est-ce qui peut justifier un tel geste ? Après tout, il existe déjà H.264. Google aurait pu se permettre d’en rester là.

Apple et Microsoft s’en sont contentés, bien qu’ils clament ne pas avoir de réel intérêt économique à être licencié du MPEG-LA qui collectent les redevances de H.264.

Mais Google ne vient pas du même monde que Apple et Microsoft, leurs stratégies sont assez différentes. Il ne faut jamais oublier que Google vient avant tout du monde du Web et qu’une partie importante de son modèle économique est alimentée par le Web comme plateforme. D’ailleurs si on voit les autres annonces faites pendant le Google I/O, on remarquera qu’avec leurs nouvelles APIs et Wave, Google tente de devenir la plateforme centrale du Web.

C’est là, la différence majeure avec Apple et Microsoft. La plateforme de Microsoft, c’est Windows, et celles de Apple, iTunes et Apple Store.

Qu’est-ce que WebM a à voir là-dedans ? Principalement, un standard fermé comme H.264 est trop restrictif pour permettre le développement d’une plateforme Web. C’est d’ailleurs une des raisons motivant le passage à HTML5. Google veut que tous puissent se connecter à leur plateforme, quelque soit leur logiciel, quelque soit leur outil. Google veut être omniprésent sur le Web et surtout ne pas avoir à dépendre d’un intermédiaire, c’est une des raisons motivant le développement de Android pour les mobiles et de Chrome OS pour les netbooks : étendre encore les points d’entrée vers sa plateforme Web. Car c’est là le cœur de son activité et de ses revenus, notamment avec AdSense.

À l’opposé de ce modèle économique Web, Apple et Microsoft sont davantage dans une logique industrielle. Ils font du logiciel propriétaire, c’est-à-dire qu’ils veulent contrôler la plateforme (contrairement à Android, iPhone OS n’est pas libre) et contrôler le canal de distribution (c’est le succès de iTunes et de Apple Store). Or, pour contrôler le canal de distribution efficacement, il est plus facile de contrôler le format notamment de manière à éviter une concurrence trop multiple. C’est la grosse différence entre H.264 et les standards ouverts comme Theora et WebM. L’un est dans une logique d’industriels: on joue seulement entre géants; l’autre est dans une logique Web. La différence substantielle est que dans le premier cas, on a créé une exclusivité aux dépens des autres.

Or les répercussions sont importantes en matière de liberté d’expression. Dans le premier modèle, on voit bien que seuls sont amenés à s’exprimer ceux qui se soumettent aux conditions posées par Apple par exemple — avec toutes les conséquences en matière de censure que cela contient. D’autre part dans le premier modèle, le logiciel libre est exclu ou désavantagé.

Reste la question : que vont faire les licenciés du MPEG-LA, supporteurs de H.264 pour riposter ? La question des brevets est épineuse. Ce sera pour une prochaine fois, à suivre.

Le président allemand décore le fondateur de la Free Software Foundation Europe

Le Président de l’Allemagne a décoré aujourd’hui Georg Greve, l’un des fondateurs de la Free Software Foundation Europe, dans laquelle je travaille depuis septembre. C’est une excellente nouvelle, qui montre la valeur du logiciel libre, témoigne d’une reconnaissance à l’égard du travail mené depuis 2001 qui ne peut que faire plaisir. Et même s’il reste beaucoup de chemins à parcourir, « la voie est libre » ;)

Georg Greve, fondateur de la FSFE décoré de la Croix allemande du mérite

Berlin, le 28 avril 2010 (source). Georg Greve, fondateur de la Free Software Foundation Europe a été décoré de la Croix du mérite par la République fédérale d’Allemagne (Verdienstkreuz am Bande). Le Président allemand a ainsi récompensé son travail dans le domaine des Logiciels Libres et des Standards Ouverts.

« La FSFE est fière d’avoir un chevalier à ses côtés », déclare Karsten Gerloff, président de la FSFE. « La dévotion inouïe dont Georg a fait preuve au service de la liberté dans le monde numérique a été une véritable locomotive pour les Logiciels Libres en Europe et dans le monde. Il a invité les Logiciels Libres au calendrier politique et a créé les structures pour canaliser l’énergie de la communauté vers des objectifs partagés. Par son travail acharné pendant plus de dix ans, il a considérablement fait évoluer les Logiciels Libres.

Avec la FSFE, Georg a travaillé d’arrache-pied pour que les Logiciels Libres soient compris comme technique culturelle. Il a donné à ceux-ci une voix aux Nations Unies, notamment à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) et au Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI). Avec la Freedom Task Force, il a été l’architecte d’un centre d’expertise sur les aspects juridiques des Logiciels Libres et a fait naître le concept de pérennité juridique des projets de Logiciels Libres. Il est aussi à l’origine (en anglais) de la résistance de la communauté contre le format OOXML de Microsoft et a travaillé sur le premier projet de Logiciels Libres financé par l’Union européenne. Sous la direction de Georg, la FSFE a aussi été un acteur clé du rejet des brevets logiciels en Europe.

« Je suis très honoré par la reconnaissance officielle que cette distinction apporte aux Logiciels Libres et aux Standards Ouverts » déclare Georg Greeve. « En l’an 2000, j’ai décidé de me dévouer pleinement à cette cause, car j’avais le sentiment que c’était nécessaire : je sentais que j’avais compris comment les logiciels modèlent notre société. Mais je me suis aussi rendu compte que la société, de son côté, n’avait pas encore compris combien elle était modelée par les logiciels. J’espère que cette distinction conduira les gens à s’ouvrir à ces questions et soutiendra le travail de la FSFE qui est, aujourd’hui plus que jamais, crucial. »

À propos de Georg Greve

Né le 10 mars 1973 sur l’archipel allemand de Heligoland, Georg Greeve suit des études scientifiques classiques de physicien. Il est diplômé de la faculté des sciences informatiques de l’Université de Hambourg dans le domaine des nanotechnologies.

Il a conçu des logiciels dès l’âge de douze ans. En plus de la première publication d’un de ses programmes dans une revue professionnelle en 1991, ses talents de développeur lui ont permis de payer une partie de ses études : il géra le développement d’un logiciel destiné à évaluer les données des capteurs SQUID pour le laboratoire de « biomagnetométique » du CHU d’Eppendorf à Hambourg, en Allemagne.

En 1993, il découvre les Logiciels Libres et GNU/Linux. En 1998, Georg Greeve devient un porte-parole européen pour le projet GNU. À cette époque, il a aussi commencé à rédiger le Brave GNU World, un papier mensuel sur les Logiciels Libres publié dans le Linux-Magazin allemand, dans d’autres magazines de par le monde et sur le Web dans dix langues différentes.

Début 2001, avec un ensemble de personnes dévouées aux Logiciels Libres, il crée la Free Software Foundation Europe (FSFE) : c’est la première Free Software Foundation en-dehors des États-Unis d’Amérique et la plus internationale à ce jour. Construire et coordonner la FSFE comme une organisation non gouvernementale européenne était le cœur de son travail durant la majeure partie de cette dernière décennie.

Ayant dirigé la FSFE pendant huit ans, Georg Grevve est maintenant PDG de Kolab Systems, une société de Logiciels Libres qui fournit des services autour de la Kolab Groupware Solution. Il est toujours actif au sein du Conseil d’administration de la FSFE et du comité exécutif. Marié heureux, il vit avec sa femme Ava à Küsnacht, près de Zürich.

(Vous pouvez aussi vous référer au profil de Georg sur le site de la FSFE, à une interview détaillée, et à sa réaction personnelle concernant sa décoration de la Croix du mérite.)


La reproduction exacte et la distribution intégrale de cet article est permise sur tout support, pourvu que cette notice soit préservée.

La Deutschland Radio fête le Document Freedom Day

Un peu partout dans le monde, des centaines de gens ont décidé de célébrer le Document Freedom Day. Il s’agit d’expliquer l’importance des Standards Ouverts, à l’heure où ceux-ci sont menacés (cf. bref communiqué de la FSFE, en anglais). Les standards ouverts sont des garanties de durabilité et d’interopérabilité des données et des programmes informatiques. Si vous les utilisez, vous pouvez être sûrs de pouvoir encore lire vos fichiers et vos documents dans le futur, même avec un autre logiciel, sur une autre plateforme ou un autre système d’exploitation.

De plus, les standards ouverts sont les plus enclins à permettre la communication et le travail collaboratif. Ce n’est pas un hasard en effet si le monde entier peut communiquer grâce à l’Internet, aux emails et sur le Web. Tout cela est rendu possible parce qu’ils sont construits et conçus pour utiliser des standards ouverts – c’est-à-dire que contrairement à des formats ou des protocoles propriétaires – ils sont conçus collégialement, dans un processus ouvert et démocratique, et chacun peut les implémenter et les utiliser sans contraintes. Ce sont du même coup des formidables outils de politique publique, notamment en matière de concurrence et d’appels d’offre publics.

De plus en plus de gouvernements mandatent l’utilisation de standards ouverts. C’est aussi une très bonne nouvelle de constater que des entreprises les adoptent.

C’est par exemple le cas de la DeutschlandRadio, qui fournit ses émissions dans le format Ogg Vorbis, que vous pouvez lire avec le logiciel libre VLC par exemple.

Alors aujourd’hui, avec mes compagnons de la Fellowship de la Free Software Foundation Europe à Berlin, nous avons décidé de remercier DeutschlandRadio, et nous en avons profité pour discuter de l’importance des standards ouverts autour d’un énoooorme gâteau. Nous avons eu aussi le plaisir de faire un tour dans la station de radio… bon j’ai pas tout compris parce que c’était en allemand mais c’était un moment sympa !

Photo de groupe
(Photo du groupe de Fellows de Berlin – je suis tout en bas à droite)

Plus d’infos : Radio stations granted awards for using Open Standards

Un hacker piraté par les médias

Les mots ont un sens. Pourtant, il arrive souvent que certains perdent leur signification, à force de détournements, de propagande et d’abus. C’est souvent le cas avec le mot hacker, très souvent confondu avec cracker, celui qui casse des systèmes de sécurité. En France, on fait souvent l’amalgame avec pirate. De même que je n’aime pas les analogies foireuses comme « prise d’otage » pour parler de grèves, je trouve que l’analogie de pirate est assez mauvaise. C’est d’autant plus le cas qu’en fait, hacker, ça n’a rien à voir.

Richard Stallman, le hacker vaillant du Logiciel libre explique à ce propos

You can help correct the misunderstanding simply by making a distinction between security breaking and hacking–by using the term « cracking » for security breaking. The people who do it are « crackers ». Some of them may also be hackers, just as some of them may be chess players or golfers; most of them are not.

La confusion est d’autant plus dommage que la notion de hacker est primordiale, un vrai enjeu technologique selon Tristant Nitot. En effet, que serait le Web ou l’Internet, sans cette caractéristique, la « bidouillabilité » (hackability en anglais) véritable source de libertés et d’innovations ?

Heureusement, au-delà de la communauté libriste, d’autres contribuent à réhabiliter le sens du mot hacker comme le journaliste Jean-Marc Manach (@manhack) qui met en lumière leur rôle primordial dans un monde contrôlé par la technologie, dans un article du Monde Diplomatique, Les « bidoulleurs » de la société de l’information.

Malheureusement, pour le grand public, le hacker reste confondu avec le pirate. En vérité, à chaque fois que cet amalgame tout à fait déplacé se produit, c’est toute la communauté hacker qui est piratée par les médias. Dernier exemple en date, Matt Lee.

Matt Lee est un hacker qui remplit bien le stéréotype que le grand public doit s’en faire, c’est-à-dire… il est barbu. Matt Lee est très actif à la FSF aux États-Unis ainsi que dans divers projets GNU, notamment Libre.FM et GNU Social.

Il y a trois ans, au Chaos Communications Camp à Berlin, Matt est pris en photo. Sans une quelconque autorisation, la photo accède à un diaporama du Guardian. Jusque là, rien de mal. Bon évidemment, il y a le droit à l’image… mais je ne pense pas qu’il y avait de problème. Sauf que, il y a deux jours, la photographie a été utilisée par un autre journal, espagnol cette fois-ci.

Le problème est que l’article en question, n’a rien à voir avec ce que fait Matt.

Desmantelada una red de 13 millones de ordenadores ‘zombies’

Voilà notre gentil hacker, transformé en méchant pirate, passant ses heures perdues à infester les ordinateurs de pauvres gens sous Windows, pour les mettre à contribution pour inonder notre cher réseau Internet de Spams et autres nuisances en tout genre.

Qui est le pirate dans l’histoire ?