standards

Les logiciels libres à l’attaque de Facebook & la propagande de Mark Zuckerberg

Avec la crise de confiance que subit Facebook vis-à-vis de ses utilisateurs, il est temps pour les développeurs de logiciels libres de proposer des alternatives à Facebook. Moi qui regrettais une sorte de morcellement des initiatives, il semble aujourd’hui que quelques protocoles et formats tendent à s’imposer et à être adoptés par plusieurs projets de réseaux sociaux. On aura donc peut être bientôt des standards ouverts pour les réseaux sociaux.

En effet, au-delà de l’initiative Diaspora, très médiatisée (voir l’article des Inrocks, Diaspora vaincra-t-il Facebook ? qui a sollicité mon avis), plusieurs projets se concrétisent

Il en existe beaucoup d’autres, mais je voulais parler de ces trois-là en particulier. Le premier, parce qu’il est français, le deuxième parce que c’est un projet de GNU et le troisième parce qu’il montre que les entreprises ont aussi intérêt à utiliser les réseaux sociaux libres.

Maintenant, chacun diffère sur la solution à mettre en place. Quel protocole utiliser ? Où sont les données ?

Le plus important finalement, c’est que chacune de ces solutions soit capable d’interagir avec les autres et que le code source soit accessible et modifiable, pour encourager les initiatives concurrentes. Tout cela pourrait à terme créer un écosystème très diversifié, où les utilisateurs ne sont pas à la merci d’un seul service, qui centralise toutes leurs données et ne donne que très peu de contrôle en retour — comme Facebook.

Un tel écosystème serait possible avec l’adoption d’une base de standards ouverts comme OStatus.


Enfin, je voulais revenir sur la propagande que développe Mark Zuckerberg avec Facebook. Car derrière le slogan, « Making the World more Open and Connected » il y a aussi des mensonges qu’il ne se prive pas de proférer à la presse. Récemment, dans une interview à Wired, il déclare (c’est moi qui souligne) :

I think people have good questions about what we are doing, but I think they should ask the same questions about other types of models as well. We have a model based on control. You put everything in your profile or your friends do — but you get ultimate control over whether it stays there. It’s very different from a model like web search where you can look yourself up and you have no control over what is there.

Bref, le monde à l’envers. Vous ne pouvez pas être sûrs que les données sont effectivement supprimées du serveur de Facebook lorsque vous le demandez. Les données étant stockées chez Facebook (aux États-Unis) vous n’avez aucunement la possibilité technique, ni légale, de vous assurer le « contrôle ultime » de vos données.

Ça me fait un peu penser à cette phrase à propos de Las Vegas…

“What happens in Facebook Stays in Facebook”

Update : Encore un exemple qui montre que Facebook a le contrôle total sur vos données

Perspectives sur WebM, Google & H264

Hier, de nouvelles ambitions pour la vidéo sur le Web ont vu le jour. C’est officiel, Google publie un nouveau standard ouvert pour la vidéo. WebM est un conteneur pour le web, qui utilise le codec video VP8 et le codec audio Vorbis. Le conteneur est basé sur Matroska, un autre standard ouvert pour le multimédia.

Tout d’abord, voyons ce que cela change pour le Web et pour HTML5. Bien que techniquement, WebM ait encore des progrès à faire, il s’agit indéniablement d’un grand pas en avant. VP8 est un codec relativement nouveau et prometteur. Il est opérationnel : WebM est d’ores et déjà implémenté par Mozilla Firefox, Google Chromium et Opera du côté navigateurs; supporté par l’industrie pour l’accélération matérielle.

Avec des acteurs d’un tel poids, inutile de préciser : c’est un gros pavé dans la marre. Évidemment, H.264 et Theora vont en souffrir et avec YouTube, Google dispose presque d’une arme de destruction massive pour imposer de facto son standard — de la même manière que YouTube a massivement contribué à l’hégémonie de Flash pour la vidéo sur Internet ces dernières années.

Donc là où WebM change la donne par rapport à Theora, c’est d’une part sur la performance technique et d’autre part grâce au soutien immédiat et large dont il bénéficie. La bataille avec H.264 s’annonce rude. Mais je suis vraiment optimiste.

Qu’est-ce qui a changé dans le rapport de force ? Jusqu’ici, s’opposaient:

  • H.264 — standard fermé, breveté notamment par Apple et Microsoft, dont l’utilisation des brevets nécessite le versement de redevances au MPEG-LA
  • Theora — standard ouvert, dont l’utilisation des brevets est libre de droits et implémenté par Firefox, Opera et Chrome déjà.

Alors, qu’est-ce qui a pu pousser Google à libérer VP8 ? Pour saisir toute l’importance de la question, rappelons que pour cela Google a fait l’acquisition de On2 Technologies, pour la somme de 106,5 millions de dollars. Qu’est-ce qui peut justifier un tel geste ? Après tout, il existe déjà H.264. Google aurait pu se permettre d’en rester là.

Apple et Microsoft s’en sont contentés, bien qu’ils clament ne pas avoir de réel intérêt économique à être licencié du MPEG-LA qui collectent les redevances de H.264.

Mais Google ne vient pas du même monde que Apple et Microsoft, leurs stratégies sont assez différentes. Il ne faut jamais oublier que Google vient avant tout du monde du Web et qu’une partie importante de son modèle économique est alimentée par le Web comme plateforme. D’ailleurs si on voit les autres annonces faites pendant le Google I/O, on remarquera qu’avec leurs nouvelles APIs et Wave, Google tente de devenir la plateforme centrale du Web.

C’est là, la différence majeure avec Apple et Microsoft. La plateforme de Microsoft, c’est Windows, et celles de Apple, iTunes et Apple Store.

Qu’est-ce que WebM a à voir là-dedans ? Principalement, un standard fermé comme H.264 est trop restrictif pour permettre le développement d’une plateforme Web. C’est d’ailleurs une des raisons motivant le passage à HTML5. Google veut que tous puissent se connecter à leur plateforme, quelque soit leur logiciel, quelque soit leur outil. Google veut être omniprésent sur le Web et surtout ne pas avoir à dépendre d’un intermédiaire, c’est une des raisons motivant le développement de Android pour les mobiles et de Chrome OS pour les netbooks : étendre encore les points d’entrée vers sa plateforme Web. Car c’est là le cœur de son activité et de ses revenus, notamment avec AdSense.

À l’opposé de ce modèle économique Web, Apple et Microsoft sont davantage dans une logique industrielle. Ils font du logiciel propriétaire, c’est-à-dire qu’ils veulent contrôler la plateforme (contrairement à Android, iPhone OS n’est pas libre) et contrôler le canal de distribution (c’est le succès de iTunes et de Apple Store). Or, pour contrôler le canal de distribution efficacement, il est plus facile de contrôler le format notamment de manière à éviter une concurrence trop multiple. C’est la grosse différence entre H.264 et les standards ouverts comme Theora et WebM. L’un est dans une logique d’industriels: on joue seulement entre géants; l’autre est dans une logique Web. La différence substantielle est que dans le premier cas, on a créé une exclusivité aux dépens des autres.

Or les répercussions sont importantes en matière de liberté d’expression. Dans le premier modèle, on voit bien que seuls sont amenés à s’exprimer ceux qui se soumettent aux conditions posées par Apple par exemple — avec toutes les conséquences en matière de censure que cela contient. D’autre part dans le premier modèle, le logiciel libre est exclu ou désavantagé.

Reste la question : que vont faire les licenciés du MPEG-LA, supporteurs de H.264 pour riposter ? La question des brevets est épineuse. Ce sera pour une prochaine fois, à suivre.

Lettre ouverte à Steve Jobs (et réponse de Jobs)

Retrouver l’original sur mon blog à la FSFE, en anglais.

Cher Steve Jobs,

Ayant lu vos Pensées sur Flash, je ne pouvais pas être d’accord davantage avec vous. Flash n’est pas le Web et je suis heureux de voir Apple saisir l’opportunité offerte par les standards ouverts pour concevoir de meilleurs produits pour leurs clients.

Mais je ne suis pas si sûr de votre définition du mot Ouvert en général. Je ne vais pas ici arguer qu’il est ironique que vous trouviez l’Apple Store plus ouvert que Flash. Je ne me plaindrai pas non plus que vous aimez tellement l’Ouverture que lorsque vous utilisez du logiciel « Open Source » pour construire votre système d’exploitation Mac vous gardez toute l’ouverture pour vous et ne la partagez pas avec vos clients, ni avec les développeurs dont le travail vous a été très utile.

Je trouvais qu’écrire une lettre ouverte était une façon appropriée de vous rappeler quelques petites choses que vous pouvez avoir oubliées — peut-être de bonne foi — à propos des standards ouverts.

Il est vrai que HTML5 est un standard ouvert émergent et je suis content que vous l’ayez adopté (enfin, aviez-vous réellement le choix de toute façon?). Cependant je dois dire que je suis impressionné par la manière avec laquelle vous avez réussi à dire combien Apple faisait pour les standards ouverts contre Flash… tout en expliquant que la vidéo sur Flash n’est pas un problème parce que Apple implémente un autre codec vidéo, H.264.

Puis-je vous rappeler que H.264 n’est pas un standard ouvert? Ce codec vidéo est couvert par des brevets et les producteurs ainsi que les utilisateurs commerciaux de vidéos qui utilisent H.264 doivent payer des redevances pour les licences de brevet sur la technologie. C’est pourquoi Mozilla Firefox et Opera n’ont pas adopté ce codec vidéo pour leur implémentation de HTML5, et qu’ils ont décidé de choisir Theora comme alternative ouverte et durable.

La Free Software Foundation Europe contribue à créer le consensus et à améliorer la compréhension des Standards Ouverts depuis quelques années déjà. je suis sûr que nous serions heureux d’aider Apple à prendre la bonne décision. Donc pour commencer voici la définition:

Est entendu par Standard Ouvert un format ou protocole qui est :

  1. sujet à la pleine appréciation du public, libre de toute contrainte d’utilisation et accessible sans discrimination à toutes les parties ;
  2. dénué de tout composant ou extension dépendant de formats ou protocoles qui ne répondent pas eux-mêmes à la définition d’un Standard Ouvert ;
  3. affranchi de toute clause légale ou technique qui limite son utilisation pour un utilisateur donné ou une situation commerciale donnée ;
  4. administré et développé indépendemment de tout fournisseur dans un processus ouvert, sans discrimination à la participation des concurrents et des tierces parties ;
  5. disponible sous différentes implémentations complètes réalisées par des fournisseurs concurrents, ou sous une seule implémentation complète accessible sans discrimination à toutes les parties.

Hugo Roy
April 2010


La réponse de Steve Jobs (sources du courriel)

De : Steve Jobs
À : Hugo Roy
Sujet : Re: Open letter to Steve Jobs: Thoughts on Flash
Date : Fri, 30 Apr 2010 06:21:17 -0700

Tous les codecs vidéo sont couverts par des brevets. Un groupe de brevets [patent pool] est en train d’être assemblé pour poursuivre Theora et d’autres codecs « open source » maintenant. Malheureusement, juste parce que quelque chose est open source, ne signifie ou ne garantit pas qu’il n’enfreint pas les brevets des autres. Un standard ouvert [open standard] est différent d’être libre de droits [royalty-free] ou open source.

Envoyé depuis mon iPad

La Deutschland Radio fête le Document Freedom Day

Un peu partout dans le monde, des centaines de gens ont décidé de célébrer le Document Freedom Day. Il s’agit d’expliquer l’importance des Standards Ouverts, à l’heure où ceux-ci sont menacés (cf. bref communiqué de la FSFE, en anglais). Les standards ouverts sont des garanties de durabilité et d’interopérabilité des données et des programmes informatiques. Si vous les utilisez, vous pouvez être sûrs de pouvoir encore lire vos fichiers et vos documents dans le futur, même avec un autre logiciel, sur une autre plateforme ou un autre système d’exploitation.

De plus, les standards ouverts sont les plus enclins à permettre la communication et le travail collaboratif. Ce n’est pas un hasard en effet si le monde entier peut communiquer grâce à l’Internet, aux emails et sur le Web. Tout cela est rendu possible parce qu’ils sont construits et conçus pour utiliser des standards ouverts – c’est-à-dire que contrairement à des formats ou des protocoles propriétaires – ils sont conçus collégialement, dans un processus ouvert et démocratique, et chacun peut les implémenter et les utiliser sans contraintes. Ce sont du même coup des formidables outils de politique publique, notamment en matière de concurrence et d’appels d’offre publics.

De plus en plus de gouvernements mandatent l’utilisation de standards ouverts. C’est aussi une très bonne nouvelle de constater que des entreprises les adoptent.

C’est par exemple le cas de la DeutschlandRadio, qui fournit ses émissions dans le format Ogg Vorbis, que vous pouvez lire avec le logiciel libre VLC par exemple.

Alors aujourd’hui, avec mes compagnons de la Fellowship de la Free Software Foundation Europe à Berlin, nous avons décidé de remercier DeutschlandRadio, et nous en avons profité pour discuter de l’importance des standards ouverts autour d’un énoooorme gâteau. Nous avons eu aussi le plaisir de faire un tour dans la station de radio… bon j’ai pas tout compris parce que c’était en allemand mais c’était un moment sympa !

Photo de groupe
(Photo du groupe de Fellows de Berlin – je suis tout en bas à droite)

Plus d’infos : Radio stations granted awards for using Open Standards

Une semaine à l’OMPI

Cette semaine, j’étais à Genève pour la Quatorzième session du Comité permanent du droit des brevets de l’OMPI, l’organisation mondiale de la « propriété intellectuelle » qui était l’occasion pour les Nations Unies de continuer à redéfinir le cadre du débat international sur les brevets, et plus globalement sur le rôle du système de « propriété intellectuelle » international, et son impact sur des questions aussi essentielles que le développement et l’innovation.

wipoJ’étais présent aux côtés de Karsten Gerloff, président de la Free Software Foundation Europe, qui avait déjà participé à notre contribution pour le Plan d’action de l’OMPI pour le développement. La FSFE est impliquée à l’OMPI depuis 2004, et contribue à cet élan porté par de nombreux pays notamment le Brésil et l’Argentine, pour conduire un changement des questionnements politiques de la propriété intellectuelle. Car, non seulement la notion même de propriété intellectuelle porte en elle une supposition idéologique, mais surtout son application au niveau global ne fait que renforcer son incapacité en l’état à conduire le progrès. La légitimité de son action est donc remise en cause par le contexte global, mais aussi par les avancées technologiques. On peut en effet toujours se demander si à l’ère de la reproduction numérique – quasi-infinie et à moindre coût -, limiter l’expansion du savoir a encore un sens.

C’est au sein de ce débat important, dont les contours ne sont pas encore tracés et toujours en changement, que se posait la question du rôle des brevets dans ce système complexe et hétérogène qu’est la « propriété intellectuelle ».

La semaine allait donc se dérouler au fur et à mesure que les délégations nationales et les organisations non-gouvernementales débattaient des documents issus des recherches menées par le secrétariat de l’OMPI. Documents qui eux-mêmes ont été préparés suite aux débats antérieurs, qui portaient assez généralement sur la nature du système international des brevets.

La semaine allait commencer par une proposition audacieuse du Brésil pour recalibrer le spectre d’application des brevets – un sujet qui d’ailleurs est très sensible pour les logiciels, puisque ce même comité des brevets avaient dans le passé tenté d’instaurer une harmonisation du système international, « vers le haut », c’est-à-dire en vérité un alignement sur le système américain qui a légalisé les brevets logiciels (même si cela est actuellement remis en cause par la Cour Suprême). Voir la pétition pour stopper les brevets logiciels en Europe.

L’un des points clés de la proposition du Brésil est mise en évidence par Glyn Moody.

The naïve assumption that providing IP title holders with stronger rights will, by itself, foster innovation or attract investments is no longer acceptable. The open and global economy has rejected this assumption and severely hit the very essence of the patent system, whereby a country would confer an artificial and temporary “monopoly” for the inventor in exchange of having the invention revealed allegedly benefiting the society. No such thing is currently taking place, with a few countries excepted. What, then, does a Member State get out of being part of WIPO ? If contributing to the welfare of the society does not constitute a major aspect of what a country could get out of being part of a member-driven UN Organization such as WIPO, what could it possibly be?

La Free Software Foundation Europe a donc participé à ce débat en s’impliquant sur trois sujets : la relation standards/brevets, le transfert de technologie, et le système d’opposition aux brevets. Continuer à lire

Steve Ballmer et l’OOXML à Sciences Po

Ayant eu à faire une petite rétrospective du parcours chaotique du standard Microsoft OOXML, j’ai pensé qu’il était bon de partager cet extrait vidéo, issu d’une conférence donnée par Steve Ballmer à Sciences Po en octobre 2007. La question est posée par Pierre Slamich. (Attention, un excès d’hypocrisie, de mensonge et de désinformaition peut nuire à la santé de votre entourage).

Continuer à lire