La Hadopi française à peine validée par le Conseil constitutionnel, les moines copistes du XXème siècle, rassemblés sous la ban(a)nière de Vivendi, sont déjà à l’attaque de l’Angleterre avec la promotion d’une autre « riposte graduée », à savoir le dispositif qui pénalise par la coupure de l’accès à l’Internet tout citoyen qui échouera à respecter le droit d’auteur (ou à protéger l’accès à son réseau sans-fil).
Pour autant, bien que les lobbyistes de l’industrie du divertissement aient les mêmes exigences vis-à-vis du gouvernement britannique, les termes qui poseront le débat en Angleterre seront sensiblement différents.
Et pour cause, la vieille rengaine Pirater, c’est voler ; J’aime les artistes, je ne pirate pas le droit d’auteur qui cachait le véritable enjeu de cette loi pour l’industrie culturelle (museler les canaux de distribution qu’ils ne maîtrisent pas) va vraisemblablement se heurter à un mur.
Beaucoup de musiciens britanniques qui se sont rassemblés au sein de la Featured Artists Coalition sont fermement opposés à cette nouvelle appropriation tentée par l’industrie du divertissement.
Pendant ce temps, l’Intellectual Property Office britannique publiait un rapport sur l’avenir du copyright à l’ère numérique (Explications sur le blog SiLex). On est loin, très loin, des rapports de soi-disant « experts » qui préconisent à tout va le renforcement de la répression.
Du coup, Vivendi change de casquette et abandonne le prétexte fallacieux de « défendre les artistes et le droit d’auteur ». Cette fois-ci, le président du directoire, Jean-Bernard Lévy attaque de front : il est là pour défendre son business et faire de l’argent, comme le relatent des articles de The Guardian et Numerama.
« Il ne peut y avoir aucun débat interne, la priorité est de récompenser et de monétiser le contenu. La priorité n’est pas de faire croître le trafic chez les fournisseurs d’accès à Internet » – Jean-Bernard Lévy lors de son intervention au c&binet forum.
C’est le problème quand un groupe comme Vivendi possède à la fois les droits sur les contenus (avec Universal, numéro un du disque, ou Canal+ par exemple) et les tuyaux de la distribution numérique (avec SFR, fournisseur d’accès à Internet). La tentation de soumettre le réseau à leurs volontés de profit sur le contenu est grande. En enfreignant la neutralité du réseau Internet, Vivendi peut soudainement avoir un immense contrôle sur les flux : orienter ces flux vers des partenaires commerciaux (c’est déjà le cas avec les DNS menteurs), et privilégier ses propres contenus (en créant un service réservé à leur réseau pour accéder exclusivement aux contenus détenus par Universal).
Le problème est que cela va directement à l’encontre de la neutralité du net, le principe qui permet à Internet de rester un lieu d’expression exceptionnel, mais aussi un moteur d’innovation et un vecteur de liberté (libre choix, libre concurrence, etc) – ce principe que les États-Unis vont garantir.
Peut-on accepter que tous ces principes soient sacrifiés ?
Non. D’autant plus que le business des fournisseurs d’accès à Internet, n’est pas de monétiser le contenu mais bien de faire croître le trafic. Un rôle auquel la neutralité du réseau les astreint. Ce débat là devrait être clos. Espérons que le débat portera sur un copyright adapté à l’ère numérique, après tout, c’est ça le véritable enjeu, non ?
À lire: les menaces à l’encontre du Net de Christian Fauré